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Les 5 stratégies des industries pour continuer à produire et utiliser encore plus de plastique

Certaines des plus grandes entreprises du monde, dont Coca-ColaNestléAdidas et Unilever, ont recours à des stratégies de détournement pour retarder l’adoption de mesures réelles de réduction des matières plastiques. La pollution plastique mondiale est l’un des problèmes environnementaux les plus urgents. Malgré la prise de conscience croissante du problème et l’urgence d’agir, certaines entreprises tardent à prendre des mesures significatives pour réduire leur utilisation de plastique.  

Le plastique, une menace pour l’environnement et la santé humaine

On le répétera jamais assez, le plastique se développe de manière exponentielle. En 2020, 368 millions de tonnes de plastique ont été produits. Il est urgent d’agir, puisque si la tendance actuelle se poursuit, la pollution plastique pourrait tripler d’ici à 2040.

Cependant, il constitue une menace pour l’environnement et la santé humaine. À chaque étape de son cycle de vie, le plastique libère des substances dangereuses qui contaminent l’air, l’eau et le sol, tout en contribuant au changement climatique lors de sa production par l’émission de gaz à effet de serre. Les écosystèmes marins sont particulièrement touchés par la présence croissante de plastiques. Une fois qu’ils sombrent dans les profondeurs, ils se décomposent et y restent, invisibles et menaçants pour les espèces marines et empoisonnant toute la chaîne alimentaire en libérant leurs additifs chimiques.

Le plastique est également préoccupant pour la santé humaine. Tout au long du cycle de vie du plastique, l’exposition à une grande variété de produits chimiques toxiques et de microplastiques par inhalation, ingestion et contact direct avec la peau est toxique. 

Lire : L’interdiction des microplastiques dans les cosmétiques encore repoussée

Le plastique est omniprésent (dans toutes nos utilisations) parce que c’est une matière première bon marché et facile à manipuler pour les industries. Celles-ci mettent en place des stratégies astucieuses pour faire croire qu’elles sont engagées, ce qui ne fait que ralentir le processus de déplastification. Les entreprises doivent cesser de s’appuyer sur des fausses solutions et commencer à déplastifier leurs activités, car c’est la seule façon d’échapper à la pollution plastique mondiale et à ses conséquences dévastatrices pour l’environnement et la santé humaine.

Lire : Danone assigné en justice pour son utilisation de plastique  

Les 5 stratégies de détournement utilisés par les industries

Avec l’Alliance Break Free From Plastic, nous avons rédigé un rapport sur les cinq stratégies déployées par les entreprises pour continuer à polluer. 

1. Le transfert de responsabilité

Saviez-vous que Nestlé, multinationale de produits alimentaires et de boissons, investit dans le développement durable depuis 2006 ? Certaines entreprises ont décidé de mettre l’accent sur le rôle des consommateurs, des communautés vulnérables et des autorités locales et publiques dans la crise du plastique. Selon elles, la pollution plastique est aussi la conséquence de la négligence du consommateur lors du tri de l’emballage et de l’incapacité des autorités à recycler correctement les déchets.

Nestlé s’attaque au problème de pollution plastique en collaborant avec les autorités publiques pour mettre en place des infrastructures de recyclage et des programmes d’éducation. Les taux de recyclage des plastiques dans le monde sont alarmants : seuls 9 % des plastiques sont recyclés. Contrairement aux idées reçues, les consommateurs ne sont pas les seuls responsables, car le tri des déchets n’est pas le principal problème. Le défi principal réside dans le fait que de nombreux plastiques ne peuvent pas être recyclés en raison de leur coût élevé de recyclage. En outre, l’augmentation constante de la production et de la consommation de plastique exacerbe la difficulté pour les installations de recyclage de répondre à la demande.

On pourrait croire que Nestlé fait bien en investissant dans ces programmes. En réalité, elle transfère sa responsabilité à d’autres, le coût réel de la pollution étant supporté par les autorités locales. Ces mesures ne sont pas suffisantes pour s’attaquer au problème plus vaste qui se pose. 

2. Investir dans la mauvaise direction

La recherche et le développement (R&D) et les investissements jouent un rôle essentiel dans la définition de la stratégie d’une entreprise : ils dessinent la voie à suivre pour les décennies à venir. Aujourd’hui, la plupart des investissements des entreprises du secteur du plastique se concentrent sur des technologies qui, en toute connaissance de cause, ne parviennent pas à résoudre la crise à elles seules, comme l’amélioration du recyclage, l’incorporation de plastiques recyclés ou de bioplastiques.

Malheureusement, ces mesures ne résoudront pas la crise du plastique si elles ne sont pas accompagnées d’une solide stratégie de déplastification. L’augmentation des plastiques recyclés ou des bioplastiques ne peut pas empêcher le plastique d’atteindre l’océan, pas plus qu’elle ne peut réduire les risques sanitaires et les risques pour les droits de l’homme liés aux plastiques

Par exemple, Total Energies a structuré ses investissements et sa stratégie de R&D en vue de créer de nouvelles capacités de production de plastiques vierges, recyclés ou bioplastiques. Avec cette stratégie, l’entreprise s’enferme, et avec elle l’ensemble de la société, dans des infrastructures et des technologies durables qui, sciemment, ne répondent pas à la crise du plastique. 

3. Jouer avec la sensibilité des consommateurs

Des entreprises comme Adidas et IKKS ont développé des stratégies de communication visant à convaincre les consommateurs que leurs produits font partie de la solution pour « sauver l’environnement« . Par les slogans et les logos qu’elles utilisent, ces entreprises donnent l’impression qu’elles s’engagent à réduire leur impact plastique et que le consommateur peut agir en achetant leurs produits, alors que leurs propriétés n’ont en aucun cas été prouvées comme ayant un impact bénéfique sur l’océan ou l’environnement.

À titre d’exemple, l’Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité a déclaré que la publicité d’Adidas pour ses chaussures Stan Smith « 100 % iconiques, 50 % recyclées » et que la chemise à rayures de marin IKKS qui « nettoie l’océan » n’étaient pas conformes à ses recommandations. Les deux produits ont été critiqués pour le décalage entre la réalité du geste qu’ils posent et les messages véhiculés dans leurs publicités. 

4. La stratégie de l’écran de fumée

L’arme secrète des industries consiste à maîtriser chaque détail de sa communication, en particulier ses indicateurs de durabilité. Ceux-ci agissent comme les filtres de « beauté » Instagram des entreprises polluantes. S’ils sont beaux, si l’objectif semble à la fois ambitieux et en voie d’être atteint, alors l’entreprise a le pouvoir d’affirmer devant ses actionnaires, ses consommateurs et devant les pouvoirs publics que tout est sous contrôle.

Ainsi, Unilever est un bon exemple de la manière dont de mauvaises performances en matière de réduction des plastiques peuvent être embellies par des méthodologies de calcul, des rapports et des outils d’évaluation flatteurs ou peu clairs.

Il y a aussi le concept trompeur de « neutralité plastique« , que des entreprises déploient, contribuant ainsi à retarder l’action. L’idée sous-jacente est de permettre aux entreprises de continuer à utiliser du plastique en finançant la collecte et le recyclage d’une quantité équivalente de déchets plastiques dans l’environnement, atteignant ainsi la « neutralité ». Toutefois, ce concept a été largement critiqué par les experts dans le domaine du développement durable, car il donne l’impression que les déchets plastiques sont gérés efficacement tout en permettant aux entreprises de poursuivre leurs activités comme si de rien n’était. 

Lire : Pollution plastique : attention aux fasses bonnes idées

5. Agir dans les coulisses

De nombreuses entreprises s’efforcent de donner une image positive de la durabilité. Publicité, engagements, événements, indices de durabilité, etc. – tout cela est un bon moyen d’être considéré comme le meilleur de sa catégorie. Mais derrière l’image de leader en matière de développement durable, les entreprises peuvent avoir un autre objectif caché.

Ainsi, des entreprises comme Coca-Cola sont devenues expertes dans la lutte discrète contre les réglementations sur le plastique. Coca-Cola génère par ailleurs la plus grande quantité de déchets plastiques et a été classée comme la plus grande entreprise polluant le plastique dans chaque rapport annuel du mouvement Break Free From Plastic depuis 2018. Depuis des années, l’entreprise a habilement réussi à retarder, à détourner et à faire dérailler les réglementations décisives en matière de réduction du plastique. 



Dans l’ensemble, ces marques parviennent à rester les marques préférées de nombreux consommateurs et utilisent ce statut pour justifier le fait qu’elles polluent autant.

Notre économie est dépendante du plastique, la déplastification est donc la seule réponse raisonnable à notre dépendance au plastique.

Nous appelons les entreprises à s’engager dans le changement et à commencer à déplastifier leurs activités dès maintenant si elles veulent conserver leur licence sociale d’exploitation et poursuivre leurs activités en respectant pleinement nos populations et notre planète. Pour y parvenir, les citoyens, avec le soutien des ONG et des gouvernements, doivent continuer à examiner et à dénoncer les stratégies d’évitement et les fausses solutions des entreprises.

Découvrir le rapport détaillé sur le sujet


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