Risques côtiers : de quoi parle-t-on ?

Article mis à jour le 02/10/2026

Le trait de côte n’est pas une frontière fixe. C’est une ligne mouvante, que l’être humain a longtemps cru pouvoir figer.
Le climat, aujourd’hui, lui rappelle le contraire…

aménagement littoral

Risques côtiers : de quoi parle-t-on ? 

L'érosion

L’érosion du littoral est un phénomène naturel : la côte recule peu à peu, et la limite entre la terre et la mer, le fameux “trait de côte”, se déplace vers l’intérieur des terres. Ce processus est causé par plusieurs éléments naturels tels que le vent, les vagues, les courants marins et le ruissellement des eaux de pluie qui entrainent une perte progressive de sable, de roches et de sédiments. 

Son rythme dépend de plusieurs facteurs : la nature du sol (sable, roche dure ou tendre…), la pente du terrain mais aussi les particularités locales du site. 

Les côtes sableuses sont les plus mobiles et reculent généralement plus vite. Le vent pousse le sable vers l’intérieur des terres, tandis que les vagues et les courants l’emportent vers le large.
En temps normal, ces mouvements s’équilibrent entre les tempêtes hivernales, qui éloignent le sable du rivage, et les périodes calmes, qui le ramènent.
Certains secteurs s’érodent pourtant durablement lorsque les apports de sédiments ne compensent plus les pertes, souvent parce que la dérive littorale entraîne le sable le long de la côte.

Sur les côtes rocheuses, le recul est beaucoup plus lent, mais continu. Sa vitesse dépend surtout de la résistance de la roche : une falaise de granite tient bien mieux qu’une falaise de calcaire.
Deux mécanismes agissent ensemble : l’eau de pluie s’infiltre dans la roche et y ouvre des fissures, tandis que les vagues creusent le pied de la falaise.
Cette double action peut provoquer l’effondrement de pans entiers.

Si l’érosion est un phénomène naturel, l’aménagement du littoral par l’être humain en a modifié l’ampleur :

→ les barrages positionnés en amont des littoraux, sur les principaux cours d’eau, piègent des sédiments qui n’atteignent plus la côte,

→ l’extraction de sable et de granulats dans les cours d’eau, réduit la quantité de sable qui atteint les plages et l’Océan,

→ la bétonisation du littoral et la disparition de la végétation fragilisent les barrières naturelles, comme les dunes,

→ enfin, certains ouvrages de “défense contre la mer” peuvent perturber la dynamique sédimentaire.

La submersion marine

La submersion marine est une inondation temporaire de zones côtières habituellement hors d’eau.

Ce phénomène naturel, rapide et souvent violent, touche surtout le littoral, en particulier les secteurs proches des estuaires.
Elle peut se produire de trois manières : 

  • Par débordement : le niveau de la mer dépasse celui des terres ou des ouvrages de protection et s’y déverse directement.
  • Par franchissement : les vagues déferlent sur les défenses côtières, naturelles ou artificielles, et projettent des paquets d’eau de l’autre côté. 
  • Par rupture : une digue ou un cordon dunaire cède sous la pression de l’eau, ce qui provoque une inondation brutale.

Les submersions surviennent le plus souvent lors d’une tempête ou d’un cyclone, qui font monter le niveau de l’eau près des côtes.
Là où l’amplitude des marées est faible, ces événements peuvent toutefois suffire à créer des niveaux d’eau dangereux. Ailleurs, le risque est particulièrement élevé lorsqu’il coïncide avec de grandes marées.

Quand parle-t-on de “risque côtier” ?

Un phénomène naturel devient un risque côtier lorsqu’il menace des enjeux environnementaux, humains, économiques, sociaux ou patrimoniaux.
En s’installant trop près du littoral, sans tenir compte de sa dynamique naturelle, l’être humain crée une situation de vulnérabilité.
La gestion des risques côtiers consiste alors à limiter cette exposition plutôt qu’à nier le fonctionnement naturel des côtes. 

En France, l’exemple de l’immeuble Le Signal à Soulac-sur-Mer illustre malheureusement parfaitement cette notion. Construit en 1967 à environ 200 mètres de l’océan Atlantique, ce bâtiment édifié sur la dune se trouve aujourd’hui à une dizaine de mètres de l’eau à cause de l’érosion côtière. Après les tempêtes hivernales de 2014, les habitant·es ont dû quitter les lieux.

Le Signal à Soulac-sur-mer / © Maxppp - Guillaume Bonnaud / Sud Ouest

Quand le changement climatique aggrave les phénomènes naturels...

Le changement climatique entraine l’élévation du niveau des mers et la multiplication des événements météorologiques extrêmes : deux phénomènes qui contribuent directement à la dégradation des littoraux et l’amplification des risques côtiers. 

La dilatation de l’eau de mer sous l’effet de la chaleur, combinée à la fonte des glaciers et des calottes glaciaires, fait monter le niveau des océans : depuis 1900, il a déjà augmenté de 20 cm, et pourrait encore gagner 20 cm d’ici 2050, voire jusqu’à un mètre d’ici 2100. 

Cette élévation globale rehausse la limite atteinte par les plus hautes mers sur le rivage. Ainsi, lors des grandes marées ou des tempêtes, les vagues, partant d’un niveau plus élevé, frappent plus fortement les côtes. Ce phénomème renforce à la fois l’érosion et la submersion.

...et que l'artificialisation fragilise les défenses naturelles des côtes

Les risques côtiers ne dépendent pas seulement du climat : l’artificialisation du littoral, en affaiblissant les défenses qui protégeraient naturellement la côte, les aggrave également.

Dunes et zones humides détruites ou fragilisées – ce sont pourtant les premiers remparts naturels contre la mer. Une dune, un marais ou une lagune dissipent l’énergie des vagues avant qu’elle n’atteigne les terres, en laissant les sédiments absorber et amortir le choc. Quand ces milieux sont urbanisés, drainés ou coupés de la mer par des digues, cette capacité d’absorption disparaît : lors d’une tempête, les vagues et la surcote marine se répercutent plus directement sur les zones habitées, au lieu de se dissiper sur un espace naturel.

Ouvrages de protection ponctuels – construire des enrochements ou des digues pour protéger un bâtiment aggrave paradoxalement le problème ailleurs, en perturbant les courants et en accélérant l’érosion sur les secteurs voisins. Lors des grandes marées et des fortes houles, l’impact des vagues sur la côte s’amplifie donc doublement : sous l’effet du climat, et sous l’effet des aménagements qui ont affaibli les défenses naturelles du littoral.

Les risques côtiers : un impact mesurable en France

Depuis les années 1950, l’augmentation de la population française a été accompagnée par un essor des activités économiques et touristiques dans les zones côtières.
Celles-ci ont alors été urbanisées : de nombreux bâtiments ont été construits au bord de la mer.

Aujourd’hui, 1 Français sur 8 vit “au bord de l’eau”, et le littoral compte 5,5 millions de logements.

Malheureusement, depuis plusieurs années maintenant, le changement climatique n’est plus une menace lointaine pour le littoral français et l’ampleur de l’érosion et de la submersion marine en France est particulièrement bien documenté (données SDES, 2021-2024).

  • 20 % du littoral métropolitain est aujourd’hui touché par l’érosion, soit environ 900 km de côtes en recul.
  • 30 km² de terres ont disparu en 50 ans sous l’effet du recul du trait de côte.
  • 42 500 logements sont aujourd’hui menacés par l’érosion côtière.
  • D’ici 2050, 5 200 logements supplémentaires pourraient être affectés, en métropole et en outre-mer.
  • 1,5 million de personnes résident dans une zone potentiellement exposée à la submersion marine, dont 70 % dans les communes littorales riveraines de la mer.
  • 1,1 million de logements pourraient être affectés par ce phénomène.

Le développement des stratégies de gestion du trait de côte

L’érosion et la submersion marine étant appelées à s’amplifier avec le changement climatique, les territoires littoraux doivent apprendre à s’adapter à ces aléas naturels.
Pour y faire face, les collectivités locales élaborent des stratégies de gestion du trait de côte, basées sur des solutions, des plus « grises » aux plus « douces ».

La lutte active : les solutions « grises »
Digues, épis rocheux, enrochements… Ces infrastructures lourdes et artificielles peuvent figer le trait de côte localement mais elles perturbent souvent les mouvements de sédiments, ce qui peut créer des problèmes ailleurs sur la côte. De plus, ces constructions coûtent cher à installer comme à entretenir.

L’accompagnement des processus naturels : les solutions « douces »
À l’opposé, la gestion dite « douce » ou « souple » cherche à faire avec la nature. Il s’agit principalement des solutions fondées sur la nature, qui préservent ou restaurent les écosystèmes côtiers (dunes, marais, herbiers, mangroves…) pour leur redonner leur mobilité naturelle et leur résilience. Contrairement aux ouvrages, ces solutions évoluent avec les dynamiques du littoral et apportent de multiples bénéfices : réservoir de biodiversité, stockage de carbone, amélioration de la qualité de l’eau etc.
Plusieurs territoires, soumis aux phénomènes d’érosion et de submersion, ont dores et déjà mis en place des stratégies basées sur des solutions fondées sur la nature.
C’est par exemple le cas en Corse, dans le delta du Golo, où la pose de barrières en bois (ganivelles) a permis de reconstruire et de stabiliser les cordons dunaires, ou encore à Bidart, où un projet de renaturation de la plage d’Erretegia (déplacement du parking, route d’accès transformée en chemin piéton…) vise à rétablir le fonctionnement naturel du site.

La relocalisation, ou repli stratégique
Elle consiste à déplacer des biens ou des activités vers l’intérieur des terres, loin de la mer qui avance. Son impact sur la population locale ne peut toutefois pas être négligé.

La surveillance
Elle consiste à mesurer régulièrement l’évolution du trait de côte sans intervenir. Elle n’empêche pas le recul et peut donc être suivie d’une autre stratégie si nécessaire.

Ces approches peuvent se combiner : l’idéal est de privilégier les solutions fondées sur la nature et de ne recourir aux infrastructures grises qu’en complément, là où elles sont strictement nécessaires.

UNE STRATÉGIE CÔTIÈRE AMBITIEUSE… SANS LES MOYENS DE SES AMBITIONS

Le 20 août 2026, le Gouvernement a adopté la stratégie nationale de Gestion intégrée du trait de côté pour la période 2025-2030.

Si ce texte, très attendu, reconnait l’urgence de la situation, appelle à prioriser la mise en place de solutions fondées sur la nature et à limiter l’urbanisation du littoral tout en soutenant les projets de recomposition spatiale, il n’est accompagné d’aucun plan de financement supplémentaire permettant d’adapter concrètement les territoires côtiers aux impacts du changement climatique. 

À l’heure actuelle, les financements dédiés demeurent éparpillés et insuffisants pour faire face à l’urgence. 

“Face à l’accélération de l’élévation du niveau de la mer et du recul du trait de côte, il est urgent de débloquer des financements à long terme tout en veillant à la bonne application de nos politiques, notamment la loi littoral et l’objectif Zéro artificialisation nette. Ces actions ne peuvent toutefois se substituer à la réduction rapide de nos émissions de gaz à effet de serre : elles doivent être menées en parallèle” 
Lisa Pastor, en charge du plaidoyer France chez Surfrider.

suivre l’évolution des littoraux

Plusieurs outils permettent de suivre l’évolution des littoraux et de mieux comprendre les dynamiques à l’œuvre sur son territoire.

Développée par le Cerema, cette application rassemble, pour plus de 1 000 communes littorales, les principaux chiffres-clés, les cartes et les graphiques sur quatre grands thèmes : les dynamiques littorales, les enjeux humains et environnementaux, les effets du changement climatique et les trajectoires et solutions d’adaptation.

L’IGN met à disposition du grand public des cartes et photographies aériennes du territoire français, ce qui permet en quelques clics de visualiser l’évolution d’un lieu, notamment sur le littoral.

Pour mieux comprendre les impacts et les conséquences de l’érosion et de la submersion marine en Europe, Surfrider Foundation Europe a créé, il y a quelques années, sa carte interactive en ligne. Étendue à plusieurs pays d’Europe, la carte permet de visualiser l’évolution du littoral dans le temps grâce à des photos comparatives et d’appréhender les enjeux (e.g. environnementaux, économiques, sociétaux) liés à l’érosion et la submersion marine, en partageant des témoignages d’usagers du littoral et des exemples de solutions d’adaptation locales.

Grâce à cette carte, l’association souhaite rappeler que l’Océan a ses propres lois et que le littoral est un milieu vivant qui a besoin de respirer. Il est temps d’apprendre à vivre en harmonie avec l’Océan, et non plus contre lui.

La Gestion des risques côtiers en 5 questions

Qu’est-ce que la gestion des risques côtiers ?

La gestion des risques côtiers regroupe l’ensemble des stratégies visant à réduire les impacts de l’érosion côtière et de la submersion marine sur les populations, les activités humaines et les écosystèmes, tout en respectant la dynamique naturelle du littoral.

Les principaux risques côtiers sont l’érosion du trait de côte et la submersion marine. Ces phénomènes naturels peuvent entraîner des pertes de terrains, des inondations, des dégâts matériels et menacer les écosystèmes littoraux.
Le changement climatique provoque l’élévation du niveau de la mer et intensifie les tempêtes. Ces évolutions amplifient l’érosion et les submersions marines, rendant la gestion des risques côtiers plus complexe et indispensable.
Il existe quatre grandes stratégies : la lutte active (digues), l’accommodation via les solutions fondées sur la nature, la relocalisation des enjeux exposés et la surveillance passive du trait de côte.

Laisser de l’espace au littoral permet aux écosystèmes côtiers de jouer leur rôle naturel de protection. Cette approche favorise une gestion des risques côtiers plus durable, en réduisant la vulnérabilité des territoires face aux aléas naturels.

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