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📅 Dernière mise à jour : le 15 juillet 2026
L’augmentation des concentrations de carbone atmosphérique est l’une des principales causes du changement climatique.
Le GIEC est clair : les émissions dues aux activités humaines en sont responsables, et il est nécessaire d’en réduire le volume net pour en limiter l’ampleur.
Pour cela, nous avons de précieux alliés : les écosystèmes dits de carbone bleu.
Mangroves, herbiers marins et prés salés sont des alliés de premier plan dans l’atténuation du changement climatique, l’adaptation des littoraux et la résilience des communautés côtières. Si leur rôle dans la séquestration du carbone est souvent mis en avant, leur importance va bien au-delà de cet aspect : ce sont aussi des réservoirs de biodiversité exceptionnels et un élément économique majeur pour de nombreuses communautés locales.
Malgré ces multiples bénéfices, ces écosystèmes comptent parmi les plus menacés au monde.
Face à cette situation alarmante, il est impératif de les préserver, de les protéger et, lorsque cela est nécessaire, de les restaurer, mais de manière réfléchie et rigoureuse, pour maximiser l’efficacité de ces efforts.
Que sont les écosystèmes dits de carbone bleu ?
Le carbone bleu désigne la capacité de certains écosystèmes océaniques à capter et séquestrer le carbone atmosphérique, principalement sous forme de CO2. Cette appellation vise à sensibiliser à l’importance de ces puits de carbone dans la lutte contre le changement climatique.
Trois écosystèmes portent ce nom :
- Les mangroves : ensembles de palétuviers qui se développent sur la bande littorale en zone intertropicale.
- Les prés salés (ou marais intertidaux) : végétation dense de plantes halotolérantes située dans la partie supérieure de la zone intertidale.
- Les herbiers marins : prairies sous-marines de plantes à fleurs, situées à différents niveaux de profondeur.
Situés dans des zones littorales, ces trois écosystèmes sont composés de plantes halophiles, qui tolèrent le sel. Ces plantes captent le carbone atmosphérique par photosynthèse, avant de l’acheminer, grâce à leurs racines, jusque dans le sous-sol. Ce milieu, pauvre en oxygène, limite fortement la décomposition microbienne et évite ainsi un relargage du carbone capté dans l’atmosphère.
Cette particularité en fait des puits de carbone redoutablement efficaces : jusqu’à 40 fois plus efficaces par unité de surface que les forêts tropicales.
Et si les écosystèmes dits de carbone bleu ne représentent que 0,2 % de la superficie des océans, ils stockent à eux seuls environ 50 % du carbone organique enfoui dans l’Océan.
Mais leur rôle ne s’arrête pas là.
Ces écosystèmes comptent parmi les plus productifs de la planète et rendent de nombreux services :
- Réservoirs de biodiversité : ils servent de nurseries, d’habitats critiques ou de zones de reproduction et d’alimentation pour de nombreuses espèces de poissons et d’oiseaux.
- Protection du littoral : ils forment de véritables zones tampons contre l’érosion et les submersions marines.
- Épuration de l’eau : leur capacité de filtration contribue à l’amélioration de la qualité des eaux littorales.
- Soutien économique local : ils soutiennent notamment la pêche, un secteur crucial pour de nombreuses communautés côtières, ainsi que le tourisme et les activités récréatives.
Des écosystèmes parmi les plus menacés au monde
Malgré leur importance, les écosystèmes dits de carbone bleu subissent des pertes considérables.
Au niveau mondial, on estime leur recul à près de 67 % pour les mangroves, 35 % pour les prés salés et 29 % pour les herbiers marins.
Chaque année, ce sont environ 340 000 à 980 000 hectares qui disparaissent dans le monde.
Cette destruction n’est pas neutre pour le climat : elle entraîne un relargage du carbone stocké, sous forme de CO2 et de méthane, dans l’atmosphère et l’Océan, contribuant ainsi directement à l’accentuation du changement climatique.
Les pressions à l’origine de cette dégradation sont multiples et largement anthropiques :
- la transformation de zones littorales en terres agricoles ;
- l’artificialisation du littoral (constructions touristiques, aménagements urbains) ;
- le trafic et le mouillage des bateaux de plaisance ;
- l’aquaculture ;
le déversement de polluants en zones côtières ; - et, en toile de fond, les effets du changement climatique lui-même.
Protéger plutôt que restaurer : une question d'efficacité
Face à l’ampleur des pertes, la préservation et la restauration de ces écosystèmes deviennent urgentes et ce, d’autant plus qu’elles s’avèrent globalement bénéfiques pour la société, entre protection du littoral, production alimentaire et conservation de la biodiversité.
Un principe mérite toutefois d’être rappelé : il est souvent plus économique et plus écologique de protéger un écosystème existant que de tenter de le restaurer une fois dégradé.
La restauration, bien que précieuse, peut être coûteuse, complexe, et ses résultats ne sont pas toujours garantis.
Les efforts doivent donc en priorité viser à prévenir la dégradation, en réduisant les pressions anthropiques et en adoptant des pratiques de gestion durable — la restauration intervenant là où elle est nécessaire et réalisable.
Des initiatives à toutes les échelles
À l’échelle internationale
La reconnaissance de l’importance des écosystèmes dits de carbone bleu a conduit à la multiplication des initiatives de protection à travers le monde.
La Convention de Ramsar, traité international pour la conservation et l’utilisation rationnelle des zones humides (dont font partie mangroves, prés salés et herbiers marins), encourage la coopération internationale pour la gestion des zones humides transfrontalières et la protection des espèces partagées.
Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), à travers son initiative « Carbone Bleu », se concentre sur la science de la conservation, la politique et la gestion de ces écosystèmes à l’échelle mondiale.
Concernant spécifiquement les mangroves, la Global Mangrove Alliance, une coalition d’ONG, de gouvernements, d’entreprises et de scientifiques, œuvre pour stopper la perte nette de mangroves et restaurer celles qui sont dégradées.
Selon cette alliance, sur les 11 700 km² de mangroves perdus depuis 1996, environ 8 183 km² seraient restaurables. Deux approches principales existent : la colonisation naturelle, qui consiste à restaurer les conditions environnementales nécessaires pour permettre une régénération spontanée (souvent privilégiée), et la plantation, utilisée en complément d’autres actions comme le nettoyage des sites ou le retrait de remblais.
Un chiffre invite toutefois à la prudence : 80 % des efforts de plantation échouent, ce qui souligne la nécessité d’approches plus écologiques, menées en collaboration étroite avec les communautés locales.
Pour suivre l’évolution des mangroves à l’échelle mondiale, le projet Global Mangrove Watch utilise des technologies de télédétection afin de surveiller et d’évaluer leur santé, fournissant des données précieuses pour orienter les efforts de conservation.
En France
Plusieurs projets concrets illustrent cette dynamique sur le territoire français.
À La Rochelle, le plan « La Rochelle Territoire Zéro Carbone », appuyé par les équipes de recherche du laboratoire LIENSs (Littoral Environnement et Sociétés), vise à évaluer et suivre la captation du carbone par les environnements naturels et à maximiser le piégeage de carbone sur le territoire, en s’appuyant sur l’écosystème littoral — notamment via la restauration du marais urbain de Tasdon.
Concernant les herbiers marins, deux projets majeurs sont en cours. Dans le bassin d’Arcachon, le Parc naturel marin a mis en place, dès 2019, une commission dédiée à l’élaboration d’une stratégie à long terme pour la restauration des zostères, impliquant divers acteurs locaux. Le Parc soutient aujourd’hui des projets de suivi de la recolonisation des herbiers après la réhabilitation d’anciennes friches ostréicoles, teste des herbiers artificiels, et collabore avec les ostréiculteurs locaux pour mieux comprendre les interactions entre leurs activités et les herbiers. En Méditerranée, les herbiers de Posidonie restent soumis à de fortes pressions anthropiques malgré les mesures de protection existantes. Quand les dommages sont irréversibles, des opérations de restauration sont menées : repiquage de boutures d’herbiers sains, ou collecte puis semis de graines — notamment dans le cadre de projets portés par le GIS Posidonie.
Pour les prés salés, des projets de dépoldérisation sont à l’étude, notamment dans la Baie d’Authie, à la frontière littorale entre le Pas-de-Calais et la Somme. Cette zone, fortement impactée par l’extension des terres agricoles et l’érosion, a perdu une part importante de sa superficie de prés salés. Le projet de restauration prévoit la dépoldérisation de certaines parties de l’estuaire, dans le but de lutter contre les inondations et les submersions littorales causées par des débits fluviaux élevés et de forts coefficients de marée. À terme, cette transformation permettra de restaurer des zones humides riches en biodiversité, tout en renforçant la protection contre l’érosion et les tempêtes.
L’engagement de Surfrider
À notre niveau, les équipes de Surfrider s’engagent pour une meilleure compréhension de ces écosystèmes.
En mars, notre équipe d’experts s’est rendue dans la baie de Txingudi (qui rassemble herbiers et prés salés), à Hendaye, pour y réaliser des échantillonnages. Les résultats permettront d’affiner notre compréhension du stock de carbone dans cet écosystème.
Nous remercions à ce titre le Dr Benjamin Amann, chercheur au LIENSs à La Rochelle, dont l’expertise sur la séquestration carbone des écosystèmes de carbone bleu nous a permis d’appréhender au mieux cette thématique.
Une protection qui ne peut être pensée seule
Les écosystèmes dits de carbone bleu ne doivent pas être perçus comme une solution miracle au changement climatique. Aussi précieux soient-ils comme puits de carbone, leur protection et leur restauration ne sauraient se substituer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
De la même manière, les projets de restauration ne peuvent reposer sur des solutions simplistes ou généralisées : ils doivent s’appuyer sur une compréhension fine des écosystèmes locaux. Pour garantir leur réussite, une approche holistique et collaborative s’impose, associant décideurs, gestionnaires, scientifiques et communautés locales autour de solutions durables et adaptées aux contextes de terrain.
L’implication des communautés locales est à ce titre essentielle : ce sont souvent elles qui bénéficient en premier lieu des services écologiques et économiques rendus par ces écosystèmes, mais aussi elles qui sont les plus vulnérables face à leur dégradation. Intégrer les savoirs traditionnels et garantir une participation active des populations concernées permet de mieux adapter les projets aux réalités locales, et d’obtenir un soutien plus large et plus durable.
La protection et la restauration des écosystèmes de carbone bleu constituent une solution indispensable dans la lutte contre le changement climatique, mais une solution qui ne prend son sens qu’associée à une politique globale de réduction des émissions, et menée avec la rigueur qu’exigent des écosystèmes aussi précieux que fragiles.
Sources:
IPCC Climate Change 2021 : The Physical Science Basis, Summary for Policymakers
Le patrimoine mondial marin de l’UNESCO: gardien des réserves mondiales de carbone bleu, UNESCO, 2020
Estimating the Potential Blue Carbon Gains From Tidal Marsh Rehabilitation: A Case Study From South Eastern Australia, Frontiers in Marine Science, 2020
Coastal Blue Carbon: Methods for Assessing Carbon Stocks and Emissions Factors in Mangroves, Tidal Salt Marshes, and Seagrass Meadows, Intergovernmental Oceanographic Commission of UNESCO, International Union for Conservation of Nature, 2014.
Variable Impacts of Climate Change on Blue Carbon , One Earth, 2020
The Future of Blue Carbon Science , Nature Communications, 2019
Blue Carbon: The Role of Healthy Oceans in Binding Carbon: A Rapid Response Assessment. Arendal, 2009
Estimating Global “Blue Carbon” Emissions from Conversion and Degradation of Vegetated Coastal Ecosystems , 2012