Article mis à jour le 20/03/2026
Les particules de plastique, aussi infimes soient-elles, constituent une véritable menace pour les plus gros poissons et mammifères de l’Océan.
Une équipe internationale de chercheurs s’est penchée sur les risques encourus par les gros filtreurs dus aux microplastiques présents dans l’eau. Les requins-baleines, les raies manta et les baleines à fanons sont particulièrement touchés par l’absorption de ces minuscules bouts de plastiques.
Cet article rédigé en 2018 et basé sur une étude unique de la Marine Megafauna Foundation, alertait sur les risques potentiels liés à l’absorption de microplastiques par les gros poissons et les plus gros mammifères marins, tout en admettant un manque de données concrètes.
Depuis, la recherche a considérablement avancé sur trois points :
- Les quantités de microplastiques absorbées sont désormais chiffrées.
Une étude publiée en novembre 2022 dans Nature Communications a suivi 191 baleines bleues, baleines à bosse ou encore rorquals communs au large de la Californie. Les analyses réalisées ont révélé qu’une baleine bleue se nourrissant de krill peut ingérer jusqu’à 10 millions de particules de microplastiques par jour, soit environ 43,6 kg.
Une autre étude publiée en avril 2022 dans Science of the Total Environment, basée sur l’analyse des excréments de rorquals de Bryde et des rorquals boréals pendant cinq ans, a permis de mettre en évidence la quantité astronomique de 3 millions de particules de microplastiques ingérées par individu et par jour.
- Nous savons désormais que les microplastiques s’incrustent dans les tissus (au-delà du tube digestif)
Si notre article de 2018 évoquait une perturbation hormonale hypothétique, la contamination tissulaire directe par les microplastiques est aujourd’hui documentée : des microplastiques – principalement des fibres de polyester et le polyéthylène – ont été retrouvés incrustés dans la graisse et les poumons de plus de 65 % des mammifères marins examinés dans une étude de l’Université Duke. Cette étude confirme que les micro particules de plastique migrent bien au-delà du système digestif.
- La contamination atteint même les espèces situées dans les zones protégées et reculées
Une étude publiée en 2025 dans Conservation Science and Practice a documenté la contamination en microplastiques de l’archipel des Chagos (océan Indien central), une zone marine protégée et reculée, dans des zones d’agrégation clés des raies manta récifales.
Les polymères les plus courants retrouvés étaient le polyester (21,1 %), le polypropylène (8,8 %) et le nylon (4,6 %).
Ces particules omniprésentes dans notre environnement quotidien ont envahi le milieu aquatique. Toute la biodiversité marine est donc affectée et ce sont les « gros filtreurs » – poissons et mammifères – les plus touchés par cette invasion nocive comme le démontre une récente étude, dirigée par la Marine Megafauna Foundation et publiée dans la revue Trends in Ecology and Evolution.
Ces espèces ont la particularité de s’alimenter en avalant une grande quantité d’eau pour en extraire des particules nutritives en suspension dans le milieu aquatique, ce faisant, ils ingèrent une quantité alarmante de microplastiques.
Des effets néfastes trop peu identifiés
Faute d’enquête suffisamment poussée, les conséquences des micro particules de plastique sur l’organisme des gros filtreurs sont encore floues. « Malgré la recherche croissante sur les microplastiques dans le milieu marin, il n’y a que quelques études qui examinent les effets sur les gros filtreurs. Nous essayons toujours de comprendre l’ampleur du problème, » déclare Elitza Germanov, chercheuse à la Marine Megafauna Foundation.
Les scientifiques ont répondu à l’urgence et ont analysé la présence de produits chimiques toxiques en prélevant des échantillons de tissus sur des animaux vivants.
Les études ont révélé la possibilité que les substances toxiques contenues dans ces infimes morceaux de plastiques altèrent le système hormonal. La fertilité, la croissance et le système digestif des gros filtreurs se trouvent ainsi perturbés.
De plus, les microplastiques absorbés lorsqu’ils avalent des milliers de mètres cubes d’eau de mer quotidiennement, gênent la bonne absorption des nutriments.
Des espèces menacées d'extinction complète
En conséquence de tous ces effets néfastes, les chercheurs indiquent que la population des gros filtreurs – poissons et mammifères – risque de diminuer considérablement pendant les prochaines années à venir. Les substances toxiques des microplastiques accentuent le risque de disparition de ces espèces. Elitza Germanov précise « qu’il est devenu clair que la contamination microplastique pourrait réduire davantage la population de ces espèces, dont beaucoup vivent longtemps et ont peu de descendants tout au long de leur vie. »
Ces gros filtreurs sont des composants essentiels aux écosystèmes marins et assurent la bonne santé des récifs coralliens. S’ils venaient à disparaître, les conséquences sur l’équilibre marin seraient catastrophiques.
Avant d’atteindre un point de non-retour, il est essentiel de remédier à la pollution plastique, chacun à son niveau.