(Article mis à jour le 16/01/2026)
L’artificialisation des sols est la première cause de perte de biodiversité en France et en Europe. Sur le littoral, ce phénomène prend une ampleur particulièrement préoccupante, menaçant des écosystèmes fragiles et augmentant notre vulnérabilité face au changement climatique. Chaque année, des milliers d’hectares de zones côtières naturelles disparaissent sous le béton. Comprendre ce processus et agir pour le ralentir est devenu une urgence environnementale.
Qu'est-ce que l'artificialisation des sols ? Définition et exemples concrets
L’artificialisation des sols désigne la transformation d’un sol naturel, agricole ou forestier par des opérations d’aménagement pouvant entraîner une imperméabilisation partielle ou totale.
Concrètement, il s’agit d’affecter ces espaces à des fonctions urbaines ou de transport : habitat, activités économiques, commerces, infrastructures, équipements publics, etc.
Environ 20 000 hectares sont artificialisés chaque année à l’échelle nationale.
Exemples concrets d’artificialisation
Sur le littoral, l’artificialisation prend de multiples formes :
- Développement urbain : construction de lotissements pavillonnaires, immeubles de front de mer, résidences secondaires sur d’anciennes terres agricoles ou dunes naturelles
- Infrastructures touristiques : hôtels en bord de plage, campings, restaurants, complexes de loisirs, marinas et ports de plaisance
- Équipements de transport : routes côtières, parkings de plage, ronds-points, promenades bétonnées
- Zones commerciales : centres commerciaux avec leurs vastes parkings imperméabilisés
- Aménagements portuaires : extension de ports de commerce, quais, digues, enrochements
- Infrastructures de service : stations d’épuration, terrains de golf, équipements sportifs
État des lieux de l’artificialisation des littoraux
En France : une pression considérable sur les côtes
Les chiffres sont alarmants. En France métropolitaine, le taux d’artificialisation atteint 30 % des terres à moins de 500 mètres du rivage, contre seulement 6 % à l’échelle de l’Hexagone. Plus on se rapproche de la mer, plus la pression est forte : l’artificialisation dans les communes littorales est 2,6 fois supérieure à la moyenne nationale.
Disparités régionales marquées :
- La Méditerranée française présente un taux moyen d’artificialisation de 12,27 %, avec de fortes variations régionales
- Les Alpes-Maritimes affichent 35,35 % de littoral artificialisé
- La Loire-Atlantique atteint 64 % d’artificialisation à moins de 500 mètres de la mer, les Pyrénées-Atlantiques 61 %, et le Nord 57 % (source : Chiffres clés de la mer et du littoral Édition 2024, page 23)
En Europe : un phénomène généralisé
La pression sur les littoraux européens n’épargne aucun pays. Un tiers de la population européenne vit à moins de 50 kilomètres de la mer, et un quart des littoraux ont été modifiés par les activités humaines. Les zones côtières représentent 1,6 million de kilomètres de linéaire à l’échelle mondiale.
Pourquoi artificialise-t-on les littoraux ?
L’attractivité résidentielle du bord de mer
Le littoral exerce une attraction puissante sur les populations. Le désir de vivre face à la mer répond à des aspirations profondes : qualité de vie perçue, luminosité, paysages, climat plus doux, activités de loisirs nautiques. Ce phénomène, appelé « héliotropisme » ou « thalassotropisme », pousse des millions de personnes à s’installer sur les côtes.
Entre 2007 et 2040, 4,5 millions d’habitants supplémentaires sont attendus sur les départements littoraux français, ce qui concentrerait 39,2 % de la population française sur le littoral (source : Artificialisation des littoraux, Cerema, page 3). Cette pression démographique se traduit inévitablement par de nouveaux besoins en logements et infrastructures.
Le boom du tourisme balnéaire
Avec son linéaire côtier de 7 125 kilomètres, le littoral hexagonal constitue le principal espace touristique métropolitain en densité de lits. Depuis les années 1970, le développement du tourisme de masse a entraîné la construction de stations balnéaires là où il n’existait parfois aucune infrastructure auparavant. Hôtels, campings, résidences de vacances, complexes de loisirs se sont multipliés pour accueillir des millions de touristes chaque été.
La spéculation foncière et immobilière
La rareté relative des terrains constructibles en bord de mer crée une pression foncière considérable. Les prix de l’immobilier s’envolent, encourageant promoteurs et investisseurs à densifier et à conquérir de nouveaux espaces. Cette spéculation provoque des déséquilibres socio-économiques importants : les populations aux revenus modestes sont repoussées vers l’arrière-pays, créant une ségrégation spatiale et générationnelle.
Le développement des activités économiques
Au-delà du tourisme, les littoraux concentrent de nombreuses activités économiques : ports de commerce et de pêche, aquaculture, industries, zones commerciales. Ces activités nécessitent des infrastructures qui grignotent progressivement les espaces naturels.
Des politiques d’aménagement historiquement favorables
Pendant des décennies, l’urbanisation extensive et l’étalement urbain ont été encouragés par des politiques publiques et des dispositifs fiscaux favorables à la construction. L’habitat individuel pavillonnaire, principal facteur d’artificialisation, s’est développé sans contraintes suffisantes.
Conséquences de l'artificialisation : quand le béton menace nos côtes
Risques accrus d’inondation et de submersion marine
L’artificialisation des sols littoraux aggrave dramatiquement les risques naturels. Lorsqu’un sol est imperméabilisé par du béton ou de l’asphalte, l’eau de pluie ne peut plus s’infiltrer naturellement dans le sol. Elle ruisselle en surface, saturant rapidement les réseaux d’évacuation et provoquant des inondations lors d’épisodes pluvieux intenses.
Le problème devient critique quand on construit trop près de la mer. Avec la montée du niveau des océans liée au changement climatique et l’intensification des tempêtes, de nombreuses zones construites subissent désormais des épisodes de submersion marine. La tempête Xynthia en 2010, les inondations dans le sud-est de la France en 2020, les épisodes méditerranéens à répétition : ces catastrophes causent des pertes humaines et des destructions considérables.
L’imperméabilisation empêche également la recharge des nappes phréatiques, menaçant l’approvisionnement en eau douce, déjà sous tension dans de nombreuses régions côtières.
Risques accrus d’inondation et de submersion marine
L’artificialisation des sols littoraux aggrave dramatiquement les risques naturels. Lorsqu’un sol est imperméabilisé par du béton ou de l’asphalte, l’eau de pluie ne peut plus s’infiltrer naturellement dans le sol. Elle ruisselle en surface, saturant rapidement les réseaux d’évacuation et provoquant des inondations lors d’épisodes pluvieux intenses.
Le problème devient critique quand on construit trop près de la mer. Avec la montée du niveau des océans liée au changement climatique et l’intensification des tempêtes, de nombreuses zones construites subissent désormais des épisodes de submersion marine. La tempête Xynthia en 2010, les inondations dans le sud-est de la France en 2020, les épisodes méditerranéens à répétition : ces catastrophes causent des pertes humaines et des destructions considérables.
L’imperméabilisation empêche également la recharge des nappes phréatiques, menaçant l’approvisionnement en eau douce, déjà sous tension dans de nombreuses régions côtières.
Érosion accélérée du littoral
L’artificialisation déstabilise la dynamique naturelle du littoral. Les dunes côtières, véritables remparts naturels contre la mer, sont souvent détruites ou fragilisées par l’urbanisation. Or, ces écosystèmes jouent un rôle crucial : ils dissipent l’énergie des vagues lors des tempêtes grâce au déplacement des sédiments. Les constructions d’enrochements et de digues pour protéger les infrastructures bâties aggravent paradoxalement le problème : elles perturbent les courants et accélèrent l’érosion ailleurs sur le littoral.
Perte catastrophique de biodiversité
Quand on rase des habitats naturels pour construire, c’est toute une biodiversité qui disparaît. Les zones littorales abritent des écosystèmes d’une richesse exceptionnelle : dunes, zones humides, lagunes, herbiers marins, mangroves (en outre-mer). Ces milieux sont des nurseries pour de nombreuses espèces marines, des zones de repos pour les oiseaux migrateurs, des habitats pour une faune et une flore spécialisées. L’artificialisation du littoral engendre une baisse locale de la biodiversité quantitative et qualitative à très long terme.
La fragmentation des habitats empêche également la circulation des espèces, menaçant leur survie à long terme. Chaque mètre carré d’espace naturel détruit représente une perte irréversible pour la biodiversité.
Pollution des eaux marines et côtières
L’artificialisation s’accompagne d’une pollution accrue. Les eaux de ruissellement sur les surfaces imperméabilisées (routes, parkings) se chargent en hydrocarbures, métaux lourds, microplastiques et autres polluants avant de rejoindre directement la mer.
La concentration de population et d’activités génère des rejets polluants que les stations d’épuration ne filtrent pas toujours totalement. Médicaments, produits chimiques, nutriments en excès (azote, phosphore) se retrouvent dans l’océan, provoquant eutrophisation, prolifération d’algues vertes et dégradation de la qualité des eaux de baignade.
Conséquences sur le climat
L’artificialisation contribue aux dérèglements climatiques de plusieurs manières. Les sols naturels jouent le rôle de puits de carbone, stockant le CO2 atmosphérique. Une fois artificialisés, ils perdent cette capacité et peuvent même devenir émetteurs de gaz à effet de serre. L’imperméabilisation modifie les cycles hydrologiques et aggrave les îlots de chaleur urbains, particulièrement problématiques sur le littoral méditerranéen.
Les écosystèmes côtiers, comme les zones humides et les herbiers marins, sont parmi les plus efficaces pour capturer et stocker le carbone. Leur destruction amplifie le changement climatique, créant un cercle vicieux où l’artificialisation aggrave les dérèglements climatiques, qui eux-mêmes intensifient les risques sur les zones artificialisées.
Le cadre réglementaire : ZAN et loi Climat et Résilience
L’objectif Zéro Artificialisation Nette (ZAN)
Face à l’urgence environnementale, la France s’est dotée d’un cadre ambitieux. La loi Climat et Résilience du 22 août 2021 a fixé l’objectif d’atteindre le « zéro artificialisation nette des sols » en 2050, avec un objectif intermédiaire de réduction de moitié de la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers (ENAF) dans les dix prochaines années (2021-2031).
Concrètement, le ZAN ne signifie pas l’arrêt total de toute construction, mais impose un équilibre : tout mètre carré artificialisé devra être compensé par la renaturation d’une superficie équivalente d’espaces auparavant artificialisés. C’est une rupture majeure dans les politiques d’aménagement du territoire.
Sa mise en oeuvre est prévue en 3 temps :
→ 2021-2031 : Réduction de 50 % du rythme d’artificialisation par rapport à la décennie 2011-2021
→ 2031-2050 : Réduction progressive par tranches de dix ans
→ 2050 : Atteinte du zéro artificialisation nette
Pour y parvenir, plusieurs leviers sont mobilisables :
- Réutilisation des friches : environ 170 000 hectares de friches industrielles et commerciales peuvent être recyclés
- Densification urbaine : construire en hauteur plutôt qu’en extension
- Renouvellement urbain : rénover et réhabiliter l’existant plutôt que construire du neuf
- Préservation des espaces naturels : sanctuarisation des zones les plus sensibles
- Renaturation : transformer des espaces artificialisés en espaces naturels ou agricoles
Sur le littoral, les objectifs sont encore plus stricts.
Quelles solutions pour protéger nos littoraux ?
Limiter drastiquement la nouvelle artificialisation
La priorité est de fixer des seuils maximaux d’artificialisation par an aux niveaux national et local, particulièrement pour les zones côtières les plus sensibles. Cela implique de refuser les projets d’aménagement non essentiels en zone littorale et de privilégier systématiquement la densification des zones déjà urbanisées.
Aménager des zones tampons protectrices
Les zones humides littorales jouent un rôle crucial de protection face aux risques de submersion et d’inondation. Leur préservation et leur restauration doivent devenir une priorité. Ces espaces naturels limitent l’imperméabilisation des sols et offrent une résilience naturelle face aux aléas climatiques.
Restaurer la biodiversité en milieu urbain littoral
Dans les zones déjà artificialisées, il est possible de favoriser l’infiltration de l’eau et de limiter le ruissellement par la création d’espaces verts, la végétalisation des toitures et des parkings, la désimperméabilisation de surfaces bétonnées inutiles. Ces solutions fondées sur la nature améliorent aussi le cadre de vie des habitants.
Mobiliser tous les acteurs
La lutte contre l’artificialisation nécessite l’engagement de tous : acteurs territoriaux, associations, professionnels de l’aménagement, citoyens. Chacun peut agir à son échelle pour préserver les espaces naturels littoraux.
L’exemple d’Ocean Friendly Gardens
À travers son programme Ocean Friendly Gardens, Surfrider Europe lutte concrètement contre l’artificialisation des sols par la désimperméabilisation et la renaturation des espaces urbains. Du bassin versant à la parcelle privée, l’objectif est de redonner sa place à la biodiversité pour assurer un développement durable.
Le programme s’articule autour de trois piliers : l’éducation, la formation et la réalisation de chantiers participatifs. L’association mobilise acteurs territoriaux, associations, professionnels de l’aménagement et citoyens pour mettre en œuvre une gestion intégrée à différentes échelles.
L'artificialisation des sols en 5 questions
1. Qu'est-ce que l'artificialisation des sols ?
L’artificialisation des sols désigne la transformation d’espaces naturels, agricoles ou forestiers en zones construites ou imperméabilisées : lotissements, routes, parkings, zones commerciales, infrastructures.
Sur le littoral, cela inclut les ports, marinas, promenades bétonnées et constructions en front de mer.
Cette transformation empêche le sol de jouer ses fonctions naturelles : filtration de l’eau, stockage du carbone, habitat pour la biodiversité.
2. Pourquoi l'artificialisation du littoral est-elle plus problématique qu'ailleurs ?
Le littoral concentre des enjeux multiples : écosystèmes exceptionnellement riches et fragiles (dunes, zones humides, herbiers marins), populations concentrées, activités économiques intenses, et exposition aux risques naturels (submersion, érosion). L’artificialisation y est 2,6 fois supérieure à la moyenne nationale. Avec le changement climatique, la montée des eaux et l’intensification des tempêtes, les zones côtières artificialisées deviennent particulièrement vulnérables, tandis que la destruction des écosystèmes naturels qui protégeaient le littoral aggrave les risques.
3. A quel point le littoral français est-il artificialisé aujourd’hui ?
À moins de 500 mètres du rivage, 30 % des terres sont artificialisées, contre seulement 6 % pour l’ensemble du territoire français. Certaines régions sont particulièrement touchées : les Alpes-Maritimes (35 % du littoral artificialisé), la Loire-Atlantique (64 %), les Pyrénées-Atlantiques (61 %). Sur plus de 5 500 kilomètres de côtes, plus de 1 000 kilomètres sont urbanisés. Cette pression s’accélère : entre 2012 et 2018, près de 4 850 hectares ont été artificialisés dans la bande des 10 kilomètres du littoral.
4. Qu'est ce que l'objectif "Zéro Artificialisation Nette" (ZAN) ?
Le ZAN, inscrit dans la loi Climat et Résilience d’août 2021, vise à atteindre un équilibre entre artificialisation et renaturation d’ici 2050.
Concrètement : d’abord réduire de moitié le rythme d’artificialisation entre 2021 et 2031, puis réduire progressivement jusqu’en 2050.
À partir de 2050, chaque mètre carré artificialisé devra être compensé par la renaturation d’un mètre carré d’espace auparavant artificialisé. Cela ne signifie pas l’arrêt total de toute construction, mais un changement radical de modèle : densification, réhabilitation de friches, renaturation d’espaces bétonnés.
5. Comment agir concrètement contre l'artificialisation à mon échelle ?
Chacun peut agir : dans son jardin, en remplaçant les surfaces imperméables par de la végétation, en créant des espaces favorables à la biodiversité ; en tant que citoyen, en soutenant les projets de renaturation urbaine et en s’opposant aux projets d’artificialisation non essentiels lors des enquêtes publiquesetc.
Collectivement, vous pouvez aussi exiger de vos élus des politiques ambitieuses de protection du littoral et de sobriété foncière.