Grâce à la détermination et la persévérance de nombreuses organisations dont Surfrider Foundation Europe fait partie, et malgré un retard certain sur le calendrier annoncé, la Commission a enfin ajouté les microplastiques à la liste des substances indésirables dans les produits cosmétiques et d’entretien.
Pour en savoir plus, découvrez notre article dédié « L’interdiction des microplastiques dans les cosmétiques encore repoussée« , mis à jour en avril 2024.
Serions-nous sur la voie d’une fin des microplastiques intentionnellement ajoutés dans nos cosmétiques et autres produits d’entretien ?
C’est en tout cas ce que Surfrider Europe demande depuis des années aux institutions européennes et aujourd’hui, plus que jamais, nous nous rapprochons de ce but !
Dans quel but sont-ils ajoutés à nos produits du quotidien ?
A l’heure où les consommateurs sont de plus en plus sensibles au plastique présent dans les packagings de leurs produits, une autre source de pollution demeure, elle, encore trop peu connue : les microplastiques intentionnellement ajoutés.
En effet, les industriels ont la main lourde sur l’ajout de microplastiques dans de nombreux produits, notamment cosmétiques et détergents (dentifrice, fards à paupières, lessive…) en prenant souvent comme justification les avantages apportés en termes de texture.
Ce flot continu s’ajoute à une pollution plastique massive et croissante, puisqu’on considère qu’il y a dorénavant 500 fois plus de microplastiques dans l’Océan que d’étoiles dans notre galaxie. Il est temps d’agir à la source !
Les avancées qui se profilent au niveau européen
Comme à notre habitude, nous pensons fermement que la meilleure solution est la prévention. Si ces microplastiques sont délibérément fabriqués, puis intentionnellement ajoutés, ils peuvent et doivent donc être évités.
Depuis des années, nous travaillons à diffuser ce message auprès des institutions européennes qui ont le pouvoir de prendre des mesures fortes pour endiguer cette pollution.
Après une longue attente, la Commission européenne a enfin sorti sa proposition de restreindre ce type de microplastiques dans le cadre du règlement REACH – initiative que nous saluons !
Cependant, tout n’est pas gagné sur ce dossier ! En effet, si par principe l’ajout intentionnel de microplastiques ne serait plus permis, l’interdiction proposée par la Commission demeure en demi-teinte :
- Les polymères (constituants principaux des microplastiques) ayant certaines propriétés, biodégradables, liquides et solubles, continueraient à être autorisés – alors même qu’ils présentent les mêmes risques que les microplastiques “conventionnels”
- Les nanoplastiques ne seraient pas fermement interdits – cela laisserait l’opportunité aux industries de remplacer les microplastiques par… des nanoplastiques
- Les délais accordés à certains secteurs pour respecter cette interdiction seraient bien trop long, avec par exemple 12 ans pour retirer ces microplastiques de la composition du maquillage – alors que ces industries se vantent régulièrement de l’innovation dans leurs formulations et qu’elles ont connaissance de la nécessité de trouver des alternatives depuis des années.
Et maintenant ?
Avec plus de 35 organisations appartenant à l’Alliance Rethink Plastic et à la Coalition Break Free From Plastic, Surfrider a envoyé une lettre au comité REACH chargé d’étudier cette proposition de restriction – à la table duquel siègent des représentants des Etats Membres de l’Union européenne.
Nous demandons à ce que les lacunes et failles dans la réglementation européenne soient résolues. Il s’agit notamment d’éviter que les industriels ne profitent des dérogations actuelles de l’interdiction pour utiliser des alternatives qui seraient tout autant, voire plus, préjudiciables à notre environnement. Ainsi, les microplastiques doivent être remplacés par des substances naturelles provenant de sources durables, ou des matériaux artificiels dont les incidences environnementales ont été évaluées.
Alors que les chiffres sur la pollution plastique et microplastique de notre Océan ne font que s’emballer, il est plus que temps de limiter la pollution là où les décideurs sont en capacité d’agir directement et concrètement.
Les microplastiques dans les cosmétiques en 5 questions
Qu'est-ce qu'un microplastique intentionnellement ajouté dans un cosmétique ?
Les microplastiques intentionnellement ajoutés sont de minuscules particules de plastique (inférieures à 5 mm) que les fabricants ajoutent délibérément dans les formulations de nombreux produits.
On les retrouve notamment dans les dentifrices, fards à paupières, rouges à lèvres etc. mais aussi dans certains produits d’entretien tels que les lessives, dans lesquels ils servent d’agents de texture, d’exfoliants ou d’agents d’étalement.
Ces microplastiques-là font l’objet d’une réglementation européenne spécifique, car ils peuvent être évités à la source.
Quels produits du quotidien contiennent des microplastiques ?
Les microplastiques se cachent dans de nombreux produits que nous utilisons au quotidien : les cosmétiques (crèmes, fonds de teint, rouges à lèvres, fards à paupières), les produits d’hygiène (dentifrices, gels douche, exfoliants) et les produits d’entretien (lessives, nettoyants ménagers).
Les industriels justifient souvent leur ajout par les avantages qu’ils apportent en termes de texture et d’application.
Le problème, outre le danger que représente le plastique pour la santé, est que ces particules sont ensuite évacuées par les eaux usées lors du rinçage, avant de rejoindre l’Océan — souvent sans être filtrées par les stations d’épuration.
Les microplastiques dans les cosmétiques sont-ils dangereux pour la santé et l'environnement ?
Une fois dans les milieux aquatiques, les microplastiques représentent une menace directe pour la biodiversité.
On estime qu’il y a désormais 500 fois plus de microplastiques dans l’océan que d’étoiles dans notre galaxie.
Les espèces aquatiques les ingèrent, ce qui perturbe leur système hormonal, leur fertilité et leur digestion.
Pour la santé humaine, les recherches sur les effets à long terme sont encore en cours, mais la présence de particules et de substances chimiques toxiques associées dans la chaîne alimentaire suscite une inquiétude croissante chez les scientifiques.
L'Europe va-t-elle interdire les microplastiques dans les cosmétiques ?
La Commission européenne a intégré les microplastiques à la liste des substances indésirables dans le cadre du règlement REACH, ce qui constitue une avancée importante.
Toutefois, cette interdiction comporte des lacunes notables : les polymères biodégradables, liquides ou solubles restent autorisés malgré des risques similaires, et les délais accordés à certains secteurs sont jugés trop longs — jusqu’à 12 ans pour le maquillage.
Des organisations comme Surfrider Foundation Europe, réunies au sein de l’Alliance Rethink Plastic et de la coalition Break Free From Plastic, continuent de faire pression pour combler ces failles et garantir que les nanoplastiques ne viennent pas remplacer les microplastiques interdits.
Comment choisir des cosmétiques sans microplastiques ? Comment lire les étiquettes ?
Pour repérer les microplastiques sur une étiquette, vous pouvez surveiller les noms d’ingrédients comme Polyethylene (PE), Polypropylene (PP), Nylon, Acrylates Copolymer, Carbomer ou encore Polymethyl Methacrylate (PMMA).
Plus simple encore, des applications comme Beat the Microbead permettent de scanner les codes-barres des produits et de savoir en quelques secondes s’ils contiennent ou non des microplastiques.
La meilleure solution reste de :
- privilégier des produits labellisés (cosmétiques bio certifiés, label « Plastic Free », « Slow cosmetics »),
- opter pour des produits « solides » (savons, shampoings solides)
- choisir des marques qui s’engagent publiquement à reformuler leurs produits sans plastiques.
Ces alternatives existent et prouvent que les microplastiques peuvent être remplacés par des substances naturelles d’origine durable.