Les prés salés : bien plus que de simples marais !

Une zone humide est une zone de transition entre la terre et la mer (ou l’Océan), caractérisée par la présence d’eau, en surface ou dans le sol, de façon permanente ou temporaire (selon les marées).
Tourbières, prés salés, prairies inondées ou encore mangroves sont quelques exemples de zones humides abritant une biodiversité incroyablement riche et précieuse et offrant des services écosystémiques majeurs.

Selon les dernières estimations, près de 30% du territoire français serait propice à la présence de zones humides. Des récents rapports évoquent également que près de la moitié des zones humides ont disparu en une trentaine d’années (1960-1990) soit en raison de politique d’urbanisation des littoraux, soit pour l’extension de terres agricoles.

A l’occasion de la journée mondiale des zones humides, permettant de mettre ces écosystèmes méconnus en lumière, nous avons décidé de faire un focus particulier sur les prés salés, aussi appelés « marais salés », des zones humides particulièrement précieuses mais aussi tout à fait méconnues.

Pour ce faire, nous avons posé quelques questions à Alice Delamarre, doctorante en économie et en écologie marine au sein des université de Renne et de La Rochelle. Son doctorat portant sur les services écosystèmiques rendus par les marais salés en Atlantique Nord à travers une approche inter-disciplinaire, c’est la personne idéale pour nous parler du sujet !

Voici les points clés mis en avant par Alice au sujet des prés salés :

1. Les marais salés ne sont pas des marais salants !

Première mise au point essentielle : il ne faut pas confondre les marais salants avec les prés salés. Les marais salants sont des zones aménagées par l’homme pour produire du sel, tandis que les prés salés, également appelés marais salés, sont des marais naturels caractérisés par la présence d’eau salée. On les retrouve à la frontière entre la terre et la mer, sur les littoraux du monde entier.

Ces écosystèmes côtiers végétalisés constituent de véritables interfaces entre le milieu marin et le milieu terrestre. Cette position intermédiaire les rend parfois difficiles à étudier, ils sont alors quelque peu laissés pour compte par les scientifiques spécialisés uniquement en milieu marin ou uniquement en milieu terrestre. Pourtant, les prés salés abritent des plantes halophiles remarquables, adaptées aussi à l’eau de mer qu’aux conditions de vie sur terre, en dehors de l’eau.

2. Les prés salés, un écosystème bien loin de l'image du marais vaseux

Les prés salés sont moins documentés que d’autres écosystèmes côtiers comme les herbiers marins ou les mangroves. Ils souffrent également d’une image négative dans la culture populaire – pensons par exemple à Shrek et son marais peu accueillant. L’idée reçue persiste : un marais, c’est sale, ça pue.

Pourtant, la réalité est tout autre. Les prés salés sont des écosystèmes extrêmement riches en biodiversité, souvent beaux et verdoyants. Loin de l’image repoussante qu’on leur prête, ils constituent des havres de vie d’une grande beauté naturelle.

3. Les marais salés sont reconnus pour offrir de nombreux services écosystémiques

Les prés salés sont reconnus comme d’efficaces puits de carbone, ils font donc partie des « écosystèmes dits de carbone bleu » aux côtés des mangroves et des herbiers marins.

Mais leurs bienfaits ne s’arrêtent pas là. Ces écosystèmes offrent de très nombreux services : filtrage des nitrates dans l’eau, séquestration du carbone, zones de halte migratoire pour les oiseaux, zones de nurserie pour les poissons, atténuation de l’érosion côtière… La liste est longue.

Dans le contexte du changement climatique, il devient crucial de s’intéresser à ces écosystèmes pour lutter contre les événements climatiques extrêmes, protéger la biodiversité, assurer la protection des littoraux et des populations qui y habitent.

4. Les paramètres écologiques des prés salés vont influencer leurs services écosystémiques

Si la littérature scientifique valorise certains services écosystémiques des prés salés, elle n’en offre qu’une vision partielle. En réalité, ces écosystèmes rendent plus d’une dizaine de services différents. De plus, on leur attribue souvent une valeur globale à l’échelle mondiale, alors que les prés salés sont en fait très différents les uns des autres, même lorsqu’ils sont situés à seulement quelques kilomètres de distance.

Il est donc essentiel de comprendre comment les paramètres écologiques des prés salés – précipitations, température, salinité, amplitude des marées, type de sédiments – vont influencer leur structure, qui elle-même influence leurs fonctions, avec des répercussions directes sur la valorisation de leurs services écosystémiques.

Concrètement, deux prés salés situés à proximité l’un de l’autre seront qualitativement similaires (mêmes services écosystémiques de base, mêmes fonctions), mais pas quantitativement. Ils n’abriteront pas forcément les mêmes espèces de plantes ni les mêmes espèces de poissons. C’est pourquoi il est important de prendre en compte ces spécificités écologiques lorsqu’on essaie de valoriser économiquement un écosystème dit de carbone bleu.

5. La protection des écosystèmes tels que les prés salés nécessitent des financements

Les écosystèmes de carbone bleu sont en danger, maltraités par l’activité humaine. Nous avons besoin de les protéger et, dans certains cas, de les restaurer, car ils rendent des services extrêmement importants. Pour cela, les projets de préservation et de protection nécessitent des financements.

En l’absence de financements suffisants de la part des politiques publiques, d’autres sources de financement peuvent être envisagées et mobilisées.

6. Il est important de retravailler les méthodes de certification des crédits carbone

Le financement des projets de restauration et de protection des écosystèmes de carbone bleu par les crédits carbone peuvent être une idée intéressante.
Toutefois, le recours aux crédits carbone pour financer la protection des prés salés s’avère compliqué en raison de nombreuses controverses justifiées.

Très peu de méthodologies de certification citent des articles scientifiques, et les scientifiques se sentent souvent laissés pour compte ou pas écoutés.
Or, on observe certains « trous dans la raquette » dans ces méthodologies qui amènent les scientifiques à se poser des questions légitimes sur leur rigueur : problèmes de double comptabilisation, d’intégrité environnementale, d’additionnalité, etc.

Il serait donc judicieux de la part des organismes certificateurs de prendre en compte ces controverses pour rendre les méthodologies et le marché du carbone bleu plus robustes et plus crédibles.

Mais surtout, il ne faut pas oublier que les crédits carbone ne sont qu’un outil parmi d’autres et qu’ils ne doivent pas être le seul moyen de financement.

7. Et surtout : les crédits carbone NE SONT PAS des droits à polluer !

Les crédits carbone sont souvent perçus par les entreprises comme un droit à polluer : « je compense mes émissions carbone en achetant des crédits carbone, donc je peux émettre du CO2 ». Or, cette logique est trompeuse.

L’écosystème était là bien avant l’achat de crédits carbone et il séquestrait déjà du carbone ! Ce n’est pas parce qu’on y accole des crédits carbone qu’il va soudainement séquestrer plus de carbone. Pour qu’il séquestre davantage, il faudra que l’écosystème soit restauré ou agrandi.

La compensation n’est pas un outil suffisant car elle ne compense qu’une infime partie des émissions. Le plus important reste de réduire ses émissions de CO2. Les crédits carbone constituent un outil intéressant, mais ils ne peuvent ni ne doivent justifier de produire toujours plus.

La bonne stratégie : « je produis moins (de carbone) et en plus je compense ».

8. Il est important que les pouvoirs publics se positionnent pour protéger les prés salés (entre autres)

Les pouvoirs publics doivent également s’emparer du sujet, tout comme les acteurs financiers. Les services écosystémiques rendus par les prés salés sont globaux : ils sont bénéfiques pour tout le monde, pas uniquement pour les populations côtières.

Cette protection s’inscrit dans une démarche plus large de solutions fondées sur la nature, qui doivent être portées au niveau des politiques publiques pour garantir leur efficacité et leur pérennité.

9. Pour mieux protéger, il faut mieux connaître

La protection passe avant tout par la connaissance. Il faut faire connaître ces écosystèmes et expliquer pourquoi ils sont importants. Cela implique de travailler avec les autorités locales, le gouvernement et l’ensemble des acteurs concernés.

Certaines initiatives se mettent heureusement en place, comme les Assises du carbone bleu, qui réunissent des personnes de terrain, des élus et des scientifiques pour discuter de la protection des prés salés. Mais il faut continuer à partager les connaissances et à renforcer leur protection.

Il est aussi essentiel de faire connaître ces écosystèmes aux personnes qui vivent sur le littoral, pour leur expliquer les nombreux bénéfices de posséder de telles zones au sein de leur commune.

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