Depuis plus de trois décennies, Surfrider Foundation œuvre pour rendre la science accessible à tous, permettant à chacun de devenir acteur dans la lutte contre la pollution marine. Que ce soit lors de collectes de déchets sur les plages, de sorties en kayak ou de prélèvement d’eau sur des zones littorales fréquentées, chaque action contribue à l’acquisition de données scientifiques essentielles sur les pollutions, permettant d’appuyer nos demandes de mise en place de mesures concrètes pour protéger l’Océan.
Qu'est-ce que la science participative ?
Aussi appelée “science citoyenne” ou “science collaborative”, la science participative est une approche où des citoyens, non-professionnel.les ou souvent non scientifiques, participent volontairement à la production de connaissances scientifiques au travers d’actions à la fois simples et impactantes.
C’est notamment sur cette approche que reposent de nombreux projets développés par Surfrider tels que Retrace!, Ospar, Plastic Origins etc.
Cela se traduit souvent par la collecte mais surtout l’analyse de données diverses – déchets, échantillons d’eau etc. – que cela soit sur les plages ou en bord de cours d’eau.
Parmi nos projets de science participative, Retrace! se distingue comme un projet phare. Les collectes Retrace!, organisés par des citoyen.es motivé.es, sur les plages ou au bord des lacs ou des rivières, permettent à tout un chacun, bénévoles ou non, de collecter, trier puis catégoriser les déchets selon des protocoles précis et reconnus scientifiquement.
Allant plus loin qu’un simple nettoyage de plage (qui est une action louable mais bel et bien impossible), les collectes de déchets ont surtout pour but de recueillir des données précieuses qui viendront alimenter notre base de données scientifique. Elles permettent d’améliorer notre connaissance des déchets, en remontant de leur origine jusqu’à la fin de leur cycle de vie, ou de la qualité de l’eau en un point donné et renforcent notre capacité à plaider efficacement pour des politiques environnementales ambitieuses.
Des actions concrètes aux impacts tangibles
Les données collectées sont indispensables pour pousser les décideurs et industriels à agir au plus haut niveau, et à prendre des mesures fortes pour enrayer ces pollutions et protéger l’Océan.
Elles sont des preuves scientifiques sûres sur lesquelles nos lobbyistes basent leurs plaidoyers afin de faire pression sur les autorités publiques et privées pour que soient prises des mesures fortes
Les données recueillies par Surfrider grâce à la science participative ont déjà participé à des avancées significatives parmi lesquelles :
- La directive sur les plastiques à usage unique (SUP) : cette directive vise à réduire l’impact des produits en plastique à usage unique sur l’environnement en interdisant certains produits conçus pour être jetés rapidement après usage (couverts en plastique, pailles, cotons-tiges etc.) et en limitant l’utilisation d’autres.
- La directive sur les sacs plastiques : ce texte a été adopté dans le but de limiter l’utilisation des sacs plastiques à usage unique afin de réduire leur présence dans l’environnement et plus particulièrement dans l’Océan.
- L’inclusion des biomédias dans la Directive sur les Eaux Résiduaires Urbaines : grâce aux témoignages citoyens et aux données collectées, les biomédias ont été intégrés dans cette directive, renforçant ainsi la réglementation autour de ces polluants méconnus.
- Le règlement européen sur les granulés plastiques industriels : après plus d’une décennie de mobilisation, nos données de terrain ont contribué à l’adoption, en 2025, d’une réglementation historique sur la prévention des pertes de granulés plastiques (en savoir plus).
La science participative en action locale : l’exemple de Landunvez
La puissance de la science participative ne s’exprime pas seulement à l’échelle européenne : elle fait aussi la différence au niveau local, là où les citoyens vivent et pratiquent leurs activités nautiques.
La plage de Penfoul, à Landunvez (Finistère), en est un exemple frappant. Ce spot de baignade et de surf réputé souffre depuis des années d’une pollution bactériologique récurrente. Grâce au travail acharné de nos bénévoles, la situation a pu être documentée avec rigueur.
Entre avril et juillet 2024, plusieurs bénévoles ont réalisé des prélèvements en amont et en aval du ruisseau du Foul, qui se jette dans la mer à marée haute. Ces prélèvements, analysés en laboratoire, ont livré des résultats sans équivoque : lors des épisodes pluvieux, des marqueurs ADN bovins, porcins et humains sont clairement identifiés. Les pratiques agricoles locales, notamment l’épandage et le ruissellement sur les champs, contribuent largement à la pollution du cours d’eau et du milieu marin.
Ces résultats, obtenus par des citoyens bénévoles avec un protocole scientifique rigoureux, ont eu des effets concrets : les autorités ont annoncé la création d’une Zone à enjeux sanitaires (ZAES) pour Landunvez, permettant de mieux identifier les sources de pollution.
Landunvez n’est pas un cas isolé et illustre parfaitement comment la mobilisation citoyenne locale, armée de données fiables, peut interpeller les autorités et contribuer à la reconquête de la qualité des eaux.
Un levier pédagogique puissant
Au-delà de leur aspect scientifique, ces collectes jouent un rôle éducatif majeur. Les collectes sont un excellent moyen de sensibiliser les citoyens volontaires à la problématique des déchets aquatiques, favorisant une prise de conscience collective et encourageant des changements de comportements en faveur de l’environnement.
Chaque participation aux actions de science participative renforce notre capacité à influencer les décideurs et à promouvoir des mesures efficaces pour protéger l’Océan. Face aux défis persistants, tels que les biomédias, les granulés de plastique industriels ou les conteneurs perdus en mer, il est impératif de continuer ensemble ces efforts pour assurer un avenir sain à nos écosystèmes aquatiques.
tout savoir sur la science participative
Faut-il être scientifique ou avoir des compétences techniques pour participer ?
Non, c’est justement la force de la science participative : elle est ouverte à tous, sans distinction de formation ou d’expérience !
Surfrider fournit des protocoles clairs et accessibles, conçus pour que n’importe quel.le citoyen.ne motivé.e puisse collecter des données fiables.
À quoi servent concrètement les données collectées ?
Les données collectées dans le cadre des projets mis en place par Surfrider répondent à trois exigences :
- être utiles – elles s’inscrivent dans une problématique scientifique ou juridique identifiée;
- utilisables – elles sont harmonisées selon des protocoles reconnus pour pouvoir être analysées et croisées;
- et utilisées – elles sont partagées avec des chercheurs, des juristes et des lobbyistes pour alimenter les plaidoyers auprès des décideurs politiques et des industriels.
C’est cette chaîne — du terrain à la loi — qui donne tout son sens à votre engagement.
Quels types de pollutions les citoyens contribuent-ils à documenter ?
La palette est large. Les collectes de terrain permettent de suivre les macro-déchets (plastiques à usage unique, mégots, emballages…), mais aussi des pollutions plus spécifiques comme les granulés plastiques industriels (pellets), les biomédias issus des stations d’épuration, ou encore la qualité bactériologique de l’eau. Selon le programme ou le territoire, les données peuvent également renseigner sur la présence d’algues toxiques, de polluants chimiques ou de résidus médicamenteux.
Plus récemment, Surfrider Foundation Europe a pris part au projet SeaClic, destiné à suivre le littoral à partir de photos prises depuis un point fixe.
Comment les données citoyennes ont-elles réellement changé les lois ?
Les exemples concrets ne manquent pas. Les données recueillies lors des collectes ont contribué à l’adoption de la directive européenne sur les plastiques à usage unique (SUP), à l’intégration des biomédias dans la directive sur les eaux résiduaires urbaines, et plus récemment au règlement européen sur les granulés plastiques industriels (2025). À l’échelle locale, comme à Landunvez, les analyses bactériologiques menées par des bénévoles ont permis d’identifier l’origine agricole d’une pollution chronique et d’obtenir l’annonce d’une Zone à enjeux sanitaires par les autorités. Ces victoires montrent que les données de terrain sont des arguments décisifs face aux pouvoirs publics.
Comment participer à un projet de science participative avec Surfrider ?
Plusieurs portes d’entrée existent selon votre profil et votre territoire. Vous pouvez rejoindre ou organiser une collecte Retrace! (sur la plage ou près d’un cours d’eau), participer aux collectes OSPAR (protocole harmonisé à l’échelle européenne, 4 fois par an sur un même site), ou vous rapprochez d’un groupe local pour connaitre les différents projets en cours à l’échelle locale.