Surfrider réagit à la feuille de route zéro plastique en mer, publiée par la Ministre de la Mer, en cette journée mondiale de l’Océan et un an jour pour jour après la Conférence des Nations Unis sur l’Océan (UNOC). Si l’ONG salue cette adoption qui s’appuie sur certaines actions concrètes à mettre en œuvre, elle en dénonce aussi le manque d’ambition.
Un premier pas vers une prise de conscience totale des enjeux sanitaires et environnementaux
Chaque année, ce sont plus de 12 millions de tonnes de plastiques qui terminent dans les Océans. Un chiffre qui risque d’augmenter rapidement dans les prochaines années, à mesure que la production est prévue pour tripler d’ici 2060.
Cette pollution représente un enjeu environnemental majeur tout au long du cycle de vie de ce matériau. Sa production est responsable de 5% des gaz à effet de serre mondiaux et son recyclage est plus qu’incomplet, seulement 9% des déchets plastiques sont totalement recyclés dans le monde. L’Océan devient alors le réceptacle de macro et microplastiques, résultant de la décomposition des déchets plastiques.
De plus, il constitue un enjeu de santé publique majeur car le plastique est composé de plus de 16000 substances chimiques dont seulement 161 sont classées “non dangereuses”.
L’adoption de cette feuille de route est donc à saluer, car elle marque la volonté du gouvernement d’avancer sur des sujets importants pour l’Océan, la santé et l’environnement en annonçant la présence d’un volet plastique dans la future stratégie environnementale du Gouvernement.
Surfrider souligne également l’inclusion d’actions concrètes permettant de lutter contre des sources de pollution précises :
- La mise en œuvre effective des législations françaises et européennes luttant contre les fuites de granulés plastiques industriels (GPI)
- La meilleure gestion des fuites de biomédias, des supports en plastique utilisés pour fixer des bactéries traitant les eaux usées dans certaines stations de traitement et d’épuration de ces eaux, via la formation des opérateurs qui manipulent des biomédias et la mise en place de la directive européenne associée (DERU 2). En 2025, Surfrider a enregistré 219 témoignages, dont 4 cas de pollutions majeure, en Europe de déversement sur les plages de ces microplastiques représentant une pollution plastique et chimique.
- L’inclusion de cette feuille de route dans une stratégie plus globale du gouvernement centrée sur l’approche Une Seule Santé (One Health).
Un état des lieux qui passe sous silence de nombreux défis pour le futur
Toutefois, Surfrider souhaite souligner que cette feuille de route traduit un manque d’ambition du gouvernement pour réellement mettre fin à la présence du plastique dans l’Océan.
L’ONG regrette qu’aucune mention d’actions pour agir sur la première source de cette pollution ne soit faite, c’est à dire limiter la production et la consommation de plastique.
Ces volets étaient pourtant des axes importants de la loi anti-gaspillage et économie circulaire (loi AGEC) adoptée en 2020. La feuille de route en fait seulement mention en préambule mais ne prévoit aucune action concrète pour une bonne application de la loi. Pourtant, les contrôles de son application mériteraient d’être renforcés, certains produits interdits à la vente dans la loi sont toujours commercialisés, se retrouvant de facto dans l’environnement. Fin 2025, Surfrider et France Nature Environnement avaient mis en demeure 5 boutiques en ligne qui vendaient encore des objets en plastique à usage unique. De même, le développement et la formation aux alternatives réemployables, des leviers pourtant nécessaires pour une bonne application concrète de la loi ne sont pas prévus par le Gouvernement. La loi AGEC, qui posait les bases d’une mer sans plastique, se voit en partie occulter par le Gouvernement dans cette nouvelle feuille de route.
Lisa Pastor, chargée de plaidoyer France chez Surfrider explique : “Malgré quelques avancées notables et des actions adaptées sur certaines sources de pollution plastique spécifique, cette feuille de route peine à aborder l’éléphant dans la pièce. Or, la pollution plastique dans l’océan ne pourra être endiguée sans action à terre visant à diminuer la production et la consommation de plastique. Les actions de recherche et de sensibilisation ne peuvent suffire face à des industriels qui perpétuent et verrouillent le système du tout-jetable. Nous appelons le Gouvernement à rectifier le tir grâce à un Plan Plastique centré sur la prévention et le réemploi”.
La publication de cette feuille de route est un premier pas vers le futur Plan Plastique en cours de négociations entre le gouvernement et les parties prenantes, dont Surfrider fait partie. L’ONG appelle le Gouvernement à faire preuve de plus d’ambition dans le Plan à venir pour réellement opérer un changement en faveur de la santé humaine et environnementale.
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