Paris, le 1er août 2025 – Le Comité national contre le tabagisme (CNCT) participera à la cinquième session du Comité intergouvernemental de négociation sur la pollution plastique (INC-5.2), qui se tiendra à Genève du 5 au 14 août 2025. En tant que membre actif de la coalition internationale Stop Tobacco Pollution Alliance (STPA), le CNCT portera, aux côtés de l’association Surfrider Foundation Europe, une série de recommandations ambitieuses pour inscrire explicitement les filtres de cigarettes parmi les produits à interdire dans le futur traité mondial sur les plastiques.
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Un déchet plastique toxique et omniprésent
Avec plus de 4 500 milliards de mégots jetés chaque année dans le monde, les filtres de cigarettes représentent la première source de pollution plastique en nombre d’unités. Constitués d’acétate de cellulose, un plastique non biodégradable, ces filtres se fragmentent en microplastiques persistants et relarguent dans l’environnement plus de quarante substances toxiques, incluant des métaux lourds, des hydrocarbures aromatiques polycycliques et des résidus de nicotine. Ces polluants ont des effets létaux sur les espèces aquatiques et peuvent contaminer jusqu’à 1 000 litres d’eau par mégot.
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Le recyclage des mégots : une impasse technique et écologique
Alors que certaines initiatives industrielles tentent de faire croire à la viabilité du recyclage des mégots, les données disponibles sont sans appel : les procédés proposés sont techniquement irréalistes, extrêmement énergivores, et inadaptés aux pays à revenu faible ou intermédiaire. Les produits issus de ces filières présentent une toxicité résiduelle non maîtrisée et une faible valeur ajoutée. De surcroît, ces « fausses solutions » contribuent à légitimer les actions de l’industrie du tabac dans la mise en place de politiques environnementales.
La mise en place d’une filière de responsabilité élargie du producteur (REP) pour les produits du tabac, à l’image du dispositif français géré par l’éco-organisme Alcome, illustre les limites d’un tel modèle. Financé et piloté par les fabricants, ce système concentre ses actions sur la sensibilisation et le ramassage, sans réelle contrainte sur la conception des produits ni objectif de réduction à la source. Il contribue à la normalisation de l’industrie du tabac et à son intégration indue dans les politiques publiques, en contradiction avec les principes de santé publique. Un tel dispositif ne peut en aucun cas constituer une réponse crédible à la pollution massive et toxique générée par les mégots.
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Les filtres « biodégradables » : une fausse solution
Le CNCT et Surfrider Foundation Europe alertent également sur la promotion croissante des filtres dits « biodégradables », présentés comme des alternatives écologiques. Comme tous les plastiques dits biodégradables, ces produits ne se décomposent pas dans la nature où les conditions spécifiques ne sont pas réunies et continuent de libérer les mêmes polluants que les filtres plastiques. Leur mise sur le marché induit en erreur les consommateurs, en renforçant l’idée trompeuse d’une cigarette « plus propre » et en incitant au jet dans l’espace public.
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Des recommandations alignées avec les engagements sanitaires et environnementaux
À l’occasion de l’INC-5.2, le CNCT, Surfrider Europe et la STPA appellent les négociateurs à :
- Inscrire les filtres à cigarette dans l’Annexe Y du futur traité, sans limitation à ceux contenant du plastique ;
- Rejeter les fausses solutions fondées sur le recyclage ou la substitution par des filtres dits « écologiques » ;
- Garantir la compatibilité du traité avec la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT). Le traité plastique doit intégrer une clause juridique explicite assurant sa cohérence avec les engagements internationaux existants en matière de santé publique, notamment la CCLAT. L’inclusion d’une telle clause permettrait de renforcer l’efficacité du futur traité et de le prémunir contre les tentatives d’ingérence de l’industrie, tout en assurant une pleine articulation entre objectifs sanitaires et environnementaux.
Cette reconnaissance juridique est essentielle pour exclure toute tentative d’influence de l’industrie et renforcer la cohérence entre les objectifs environnementaux et sanitaires. Le futur traité sur les plastiques représente une opportunité historique pour éliminer à la source un déchet toxique, évitable et sans utilité sociale.
Surfrider Foundation Europe appelle également, à travers une campagne digitale, l’Union européenne et ses États membres à soutenir l’interdiction des filtres de cigarettes dans le futur traité mondial sur les plastiques. Les citoyens sont invités à interpeller les représentants des États membres, par mail et sur les réseaux sociaux via la plateforme Chili, afin de mettre fin à la pollution générée par les mégots à l’occasion de ces négociations.