Article publié initialement le 30 août 2023 – mis à jour le 19 août 2026
Source : European Union, Copernicus Marine Service Data 2025 © Mercator Ocean .
Sous l'Océan… la fournaise
Durant cette même période, toujours selon le suivi mené par Copernicus, plus de 25 % de la superficie de l’Océan a subi des vagues de chaleur considérées comme intenses. Les vagues de chaleur marine, aussi appelées « canicules marines », sont de véritables poches d’eau surchauffée qui stagnent sur un écosystème.
Ces dernières années, elles ont augmenté en intensité, en durée et en fréquence : selon les Indicators of Global Climate Change relayés par Météo-France, leur nombre annuel a plus que triplé depuis 1991, avec en moyenne 58 jours de canicule marine par an sur la dernière décennie (2016-2025), contre 36 jours sur la décennie précédente.
Invisibles, sans fumée ni odeur, ces canicules marines n’en sont pas moins ravageuses pour la faune et la flore sous-marines, au même titre que les feux de forêt le sont pour la biodiversité terrestre. On le voit en ce moment même en Californie, où une canicule marine prolongée fragilise baleines, pélicans et populations de requins.
Pourquoi et comment l'Océan se réchauffe
Depuis les débuts de la révolution industrielle, la consommation massive de combustibles fossiles (en grande majorité) a injecté d’importantes quantités de gaz à effet de serre dans l’atmosphère terrestre, engendrant ainsi une augmentation de la température atmosphérique.
L’océan, lui, a joué le rôle d’éponge : au cours de l’ère industrielle, il a absorbé 90 % de la chaleur excédentaire permettant de limiter le réchauffement global. Malheureusement, ce service rendu à l’ensemble du vivant a un coût : selon le GIEC, l’influence humaine est le principal facteur de l’augmentation de température de l’océan observée depuis les années 1970.
Durant la dernière décennie (2016-2025), la température des océans a augmenté d’environ 1,03 °C comparée à la référence préindustrielle 1850-1900. Toutefois, certaines zones se réchauffent nettement plus vite que la moyenne mondiale, en particulier les « points chauds » que sont la mer Méditerranée, l’océan Atlantique tropical et l’océan Austral.
Bien que les données collectées évoquent la plupart du temps l’augmentation de la température de sa surface, les profondeur de l’Océan sont également touchées par ce phénomène de réchauffement.
Des études récentes, relayées notamment par l’Ifremer, ont documenté la présence de vagues de chaleur en profondeur, sans qu’aucune signature ne soit détectable au-dessus. Ces épisodes profonds peuvent être plus longs et plus intenses que ceux observés en surface.
Selon les scientifiques, cette trajectoire n’est pas près de s’inverser. Il est pratiquement certain que l’océan va continuer à se réchauffer : d’ici 2100, il pourrait absorber 2 à 4 fois plus de chaleur si le réchauffement climatique est limité à 2 °C, et jusqu’à 5 à 7 fois plus en cas d’émissions plus élevées.
La chaleur continuera alors à pénétrer de la surface vers les profondeurs (qui mettent bien plus de temps à se refroidir), de sorte que l’océan devrait continuer à se réchauffer pendant plusieurs siècles. Dans ce contexte, vagues de chaleur océaniques et cyclones violents devraient devenir plus fréquents, plus intenses, plus longs et plus étendus dans l’espace (Ocean & Climate Platform).
L'impact des canicules marines sur les écosystèmes
Les canicules marines sont favorisées par de nombreux phénomènes parmi lesquels la présence d’El Niño, la modification des courants marins ou encore l’augmentation de la température de l’air.
Elles agissent comme de véritables incendies sous-marins détruisant la flore et la faune : blanchissement des coraux, affaiblissement des algues et les herbiers marins, augmentation de la mortalité de nombreuses espèces sensibles à la hausse des température etc.
Les vagues de chaleur sous-marine poussent certaines espèces à migrer vers des eaux plus froides, perturbant ainsi la chaîne alimentaire, frappent de plein fouet les espèces qui ne peuvent pas fuir (les espèces fixes ou peu mobiles), dont les populations s’effondrent alors localement, et favorisent le développement d’algues toxiques, augmentant ainsi les risques de mortalité ou d’échouage de certains animaux marins.
Elles réduisent la capacité des couches océaniques à se mélanger entre le fond et la surface (phénomène de stratification des eaux), ce qui empêche la distribution des nutriments nécessaires à la vie sous-marine.
Plus l’eau se réchauffe, moins elle contient d’oxygène ! Les épisodes de canicule marine augmentent ainsi le risque d’asphyxie et donc de mortalité de nombreuses espèces de poissons, en particulier dans les milieux semi-fermés comme les lagunes méditerranéennes (Ifremer).
Côté végétation, l’exemple des posidonies est particulièrement parlant. Ces plantes aquatiques forment de vastes prairies sous-marines qui abritent plus de 20 % de la biodiversité de la mer Méditerranée. Cet écosystème dit de « carbone bleu », qui joue un rôle clé dans l’atténuation du changement climatique en captant et en séquestrant le CO2, a été massivement touché par la vague de chaleur marine de 2022 : les fortes chaleurs ont entraîné des épisodes de floraison massive, alors qu’il s’agit en temps normal d’un phénomène rare et peu intense. Le risque est que ces floraisons rapides et massives fragilisent durablement les plantes, qui dépensent une énergie considérable pour fleurir, au détriment de leur croissance.
Crédits : Dmitri Toms
L'impact du réchauffement global de l'Océan
Au-delà des épisodes de canicule, c’est le réchauffement de fond de l’Océan qui perturbe son rôle régulateur du climat, entraînant acidification, diminution de l’oxygène dissous et élévation du niveau de la mer.
La différence de réchauffement entre les couches superficielles et profondes de l’océan entraîne une stratification qui modifie les échanges de chaleur, d’humidité et de nutriments, ainsi que la circulation océanique elle-même.
Ce phénomène limite les capacités d’absorption des gaz à effet de serre par l’Océan, et peut même provoquer des épisodes de dégazage. Il contribue enfin à renforcer la fréquence et l’intensité des événements extrêmes : vagues de chaleur marine, précipitations diluviennes, ouragans ou encore tempêtes.
La montée du niveau de la mer
Le réchauffement de la planète entraîne la fonte des glaciers et la dilatation thermique de l’eau, ce qui génère une élévation continue du niveau de l’Océan et des mers. Depuis 1900, le niveau moyen des océans a augmenté de 22,9 cm. Cette hausse s’accélère d’une décennie à l’autre, menaçant aujourd’hui près de 200 millions de personnes vivant sur les côtes européennes, avec des risques accrus d’érosion, d’inondations et de submersion.
Selon le rapport spécial du GIEC sur l’océan et la cryosphère (SROCC), l’élévation du niveau de la mer pourrait atteindre 1,1 m en 2100 si les émissions ne sont pas fortement réduites.
L'acidification de l'Océan
En absorbant environ un quart du CO2 émis par les activités humaines, l’Océan a vu son acidité augmenter de 30 % depuis 1985. Les espèces côtières sont les plus durement touchées par ces fortes variations entre taux d’acidité élevés et faibles, qui provoquent l’extinction massive de jeunes générations d’animaux et de plantes trop fragiles pour survivre (UNESCO). Au-delà d’un certain seuil, l’acidité de l’eau de mer devient corrosive pour les squelettes et les coquilles des coraux, moules, huîtres et autres organismes calcifiants — aux conséquences dévastatrices pour de nombreux écosystèmes marins.
Des écosystèmes marins sous forte pression
La hausse des températures augmente le risque de disparition irréversible des écosystèmes marins et côtiers, avec des transformations majeures dans le cycle de vie des espèces et leur reproduction, pouvant aller jusqu’à des épisodes de mortalité massive, notamment chez les coraux, les éponges et certains mollusques.
Le réchauffement favorise également la multiplication des espèces invasives, perturbant la pêche, l’aquaculture et parfois même la santé humaine (c’est par exemple le cas avec l’arrivée de la micro-algue toxique Ostreopsis sur les côtes méditerranéennes et sud-atlantiques).
D’après les dernières estimations de l’UNESCO, plus de la moitié des espèces marines pourraient être en danger d’extinction d’ici 2100.
Dès aujourd’hui, avec une augmentation de la température de 1,1 °C, environ 60 % des écosystèmes marins dans le monde ont déjà été altérés.
Les gorgones méditerranéennes en offrent une illustration frappante : ce « hot spot » de la biodiversité des fonds marins, qui compte plus de 1 500 espèces recensées, est particulièrement vulnérable aux températures extrêmes.
Herbiers et mangroves, ces précieux alliés dans l’atténuation du changement climatique, ne sont pas épargnés par cette dégradation généralisée, qui bouleverse à la fois les écosystèmes et les sociétés humaines qui en dépendent.
Atténuation et adaptation : les maîtres mots
Face à ce constat, il est nécessaire d’atténuer dès maintenant les effets du changement climatique en réduisant drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre.
En faisant preuve de sobriété dans toutes nos consommations, de biens, de plastique, d’énergie, et en privilégiant la transition vers les énergies renouvelables, nous pouvons encore ralentir les effets dévastateurs du réchauffement de l’Océan.
La création de vastes zones protégées, ainsi que la préservation et la restauration des habitats côtiers fragiles, sont également essentielles pour sauvegarder la biodiversité marine, la rendre plus résiliente et lui permettre de s’adapter aux changements de température.
Limiter les activités destructrices comme le forage en mer fait aussi partie des leviers à activer pour préserver la biodiversité. Tout cela nécessite une coopération internationale solide et des accords concrets pour des mesures réellement efficaces — c’est tout le sens du plaidoyer que porte Surfrider Foundation Europe auprès des institutions européennes et internationales.
5 questions pour mieux comprendre le réchauffement de l'Océan
Qu'est-ce qu'une canicule marine ?
Une canicule marine, aussi appelée vague de chaleur marine, est une poche d’eau surchauffée qui stagne sur un écosystème. Invisibles, elles n’en sont pas moins ravageuses pour la faune et la flore sous-marines. Leur fréquence a plus que triplé depuis 1991, avec en moyenne 58 jours de canicule marine par an sur la dernière décennie.
Pourquoi dit-on que l'Océan est un puits de carbone ?
Depuis la révolution industrielle, la consommation massive de combustibles fossiles a injecté d’importantes quantités de gaz à effet de serre dans l’atmosphère entrainant ainsi une augmentation de la température atmosphérique. L’Océan a absorbé 90% de cette chaleur excédentaire, limitant ainsi le réchauffement de l’air, mais ce phénomène a entraîné l’augmentation continue de sa propre température.
Quelles sont les conséquences des canicules marines sur la faune et la flore ?
Le réchauffement de l'Océan a-t-il d'autres impacts, au-delà des canicules marines ?
Oui : il entraîne aussi l’acidification de l’eau (+30 % depuis 1985), une baisse du taux d’oxygène dissous et une élévation du niveau de la mer (+22,9 cm depuis 1900, qui pourrait atteindre 1,1 m en 2100 selon le GIEC). Plus de la moitié des espèces marines pourraient être en danger d’extinction d’ici 2100, et environ 60 % des écosystèmes marins ont déjà été altérés par la hausse actuelle de 1,1 °C.
Que peut-on faire pour limiter le réchauffement de l'Océan ?
Il est urgent de réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre, en repensant nos modes de vie et de consommation et en accélérant la transition vers les énergies renouvelables. La création de zones marines protégées, la restauration des habitats côtiers et la limitation d’activités destructrices des écosystèmes marins sont autant de leviers pour rendre la biodiversité marine plus résiliente.