PFAS dans les eaux de baignade : ce que révèle l’étude de Surfrider Foundation Europe

Les PFAS. Un acronyme qui s’est imposé récemment dans le débat public, dans les médias, dans les conversations. Pourtant, ces substances n’ont rien de nouveau : elles sont présentes dans notre quotidien depuis les années 1950. Sans que nous ne le soupçonnions vraiment. 

Depuis plusieurs années maintenant, ces substances chimiques synthétiques persistantes et mobiles font l’objet d’une attention scientifique et médiatique croissante. Malgré cela, et bien que la recherche scientifique ait progressé sur le sujet, il reste encore beaucoup à comprendre sur l’étendue de cette pollution et ses effets. 

Un nombre croissant d’études et de rapports rendent compte de l’étendue de cette pollution dans l’environnement (dans les sols, l’air…), dans de nombreux objets du quotidien (jouets, ustentiles de cuisine, vêtements techniques…) et même dans notre organisme (lait maternel, sang).
Concernant les milieux aquatiques en particulier, l’essentiel des études se sont concentrées sur les eaux continentales ainsi que l’eau destinée à la consommation. 

Mais qu’en est-il des eaux dans lesquelles nous nous baignons, plongeons, nageons, surfons etc. ? A ce jour, aucune étude d’envergure n’avait jusque là été menée sur ce sujet en Europe. 

C’est la raison pour laquelle Surfrider Foundation Europe, avec le soutien du laboratoire Eurofins, a lancé une étude inédite sur le territoire français, avec un objectif clair : documenter la présence des PFAS dans les eaux côtières et continentales, et contribuer à une meilleure connaissance de cette pollution dans les milieux aquatiques fréquentés par le grand public.

Les PFAS : de quoi parle-t-on ?

PFAS : derrière cet acronyme se cache un univers chimique vaste et complexe.
Il désigne les substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées, une famille regroupant près de 10 000 composés chimiques synthétiques distincts (selon l’OCDE), considérés comme les contaminants émergents parmi les plus préoccupants aujourd’hui identifiés.

Ces substances sont utilisées depuis les années 1950. Leur succès industriel repose sur des propriétés particulières : résistance à la chaleur, à l’eau, aux graisses, aux taches. On les retrouve ainsi dans les mousses anti-incendie, les revêtements antiadhésifs (le célèbre Téflon), les cosmétiques (pour améliorer la tenue de certains produits ou leur resistance à l’eau), les vêtements techniques imperméables, et bien d’autres produits du quotidien. Les PFAS reposent sur une liaison chimique carbone-fluor extrêmement stable.

Résultat : une fois rejetées dans l’environnement, ces substances se dégradent très difficilement. De nombreux PFAS persistent ainsi pendant des décennies dans les sols, les eaux et les organismes vivants. C’est la raison pour laquelle on les surnomme les « polluants éternels« .

Deux d’entre eux sont particulièrement emblématiques : le PFOS et le PFOA. Largement reconnus pour leur toxicité et leur capacité à s’accumuler dans les organismes vivants, à chaque niveau de la chaîne alimentaire, ils ont fait l’objet d’interdictions internationales dès 2009 pour l’un, 2020 pour l’autre. Pourtant, ils sont encore régulièrement retrouvés dans l’environnement.

Lorsqu’ils se dégradent partiellement, certains PFAS conduisent à la formation d’acide trifluoroacétique (TFA), un produit de transformation particulièrement stable et mobile. Très persistant, le TFA s’accumule progressivement dans l’ensemble des milieux aquatiques et est aujourd’hui détecté dans de nombreuses ressources en eau à travers le monde.

Des effets préoccupants pour la santé humaine

L’accumulation de données scientifiques dresse un tableau sérieux.

L’exposition à certains PFAS est associée à des effets néfastes documentés sur la santé humaine.
Les études ont notamment mis en évidence des perturbations du système reproductif et du développement fœtal, des dysfonctionnements du système endocrinien (certains PFAS agissant comme perturbateurs hormonaux), ainsi qu’un affaiblissement du système immunitaire.

Le lien avec certains cancers est également établi. En 2023, le Centre International de Recherche sur le Cancer a classé le PFOA comme cancérogène avéré pour l’être humain, et le PFOS comme cancérogène possible. Une reconnaissance scientifique qui souligne l’urgence d’agir.

Un impact qui s'étend à l'ensemble des écosystèmes aquatiques

Les PFAS ne menacent pas seulement la santé humaine. La faune sauvage est elle aussi concernée, à travers des troubles hormonaux et des dysfonctionnements immunitaires documentés chez de nombreuses espèces.

Des anomalies dans la reproduction et le développement ont été observées chez des poissons et des amphibiens exposés à ces substances. Les oiseaux et les mammifères marins ne sont pas épargnés : des perturbations hormonales et des baisses de fertilité ont été constatées chez plusieurs d’entre eux.

En s’accumulant tout au long de la chaîne alimentaire, les PFAS amplifient leur impact à mesure qu’ils progressent d’un niveau trophique à l’autre. Du plancton aux grands prédateurs, toute la biodiversité aquatique est potentiellement exposée.

Pourquoi Surfrider a mené cette étude

Comme la plupart des polluants, les PFAS finissent tôt ou tard par rejoindre l’Océan.

On répète souvent que les PFAS sont présents « partout ».
Mais qu’en est-il concrètement des eaux de baignade ? Des spots de surf, des plages, des lacs ou des rivières où des milliers de personnes se retrouvent chaque été ? La question n’avait encore jamais été posée avec méthode et à grande échelle en France.

Certains territoires sont en outre particulièrement exposés, en raison de la proximité de sites industriels ou d’anciens foyers de pollution. Les usagers de ces espaces récréatifs, qu’ils soient nageurs, surfeurs, kayakistes, plaisanciers etc, pourraient y être exposés sans le savoir, et sans qu’aucune mesure de gestion ne soit mise en place.

C’est pour répondre à ce manque que Surfrider Foundation Europe a pris l’initiative de mener cette étude. Avec une conviction : la santé de l’océan et de ses usagers ne peut plus rester un angle mort de la lutte contre la pollution aux PFAS.

Bénévole effectuant un prélèvement dans les eaux littorales

Une mobilisation exemplaire des bénévoles

107 sites. 58 PFAS analysés. Plus de 6 200 résultats. L’ampleur de l’étude tient d’abord à la mobilisation remarquable du réseau bénévole de Surfrider Foundation Europe qui a su faire de ce projet de science participative une vraie réussite.

Entre juin et juillet 2025, des prélèvements ont été réalisés sur 80 plages littorales et 27 plages d’eau douce (lacs et rivières), réparties sur l’ensemble du territoire français, métropole et outre-mer. 

Carte de l’état chimique des 107 sites de prelèvements étudiés lors de la campagne PFAS 2025 réalisée par Surfrider

Les sites ont été sélectionnés selon une grille de critères croisés : données existantes sur les PFAS en eaux superficielles issues du projet européen Forever Pollution Project, présence d’un groupe local Surfrider à proximité et d’une zone de baignade ou d’activité nautique effective, et usage récréatif dans les zones concernées (des sites officiellement désignés comme tel par le ministère de la santé complétés par des sites de pratiques signalés par nos bénévoles sur le terrain qui ne bénéficient d’aucun suivi car non-désignés dans la liste officielle).

Les bénévoles ont été formés en amont aux techniques d’échantillonnage, selon un protocole normé élaboré avec le laboratoire Eurofins.

Les analyses ont été réalisées par le laboratoire, dans le respect des standards scientifiques en vigueur, avant d’être interprétées par les équipes de Surfrider Une fois de plus, le réseau bénévole a montré sa force et sa détermination.
C’est l’une des grandes richesses de Surfrider ! Cette campagne en est une illustration marquante.

Ce que l'étude révèle

Des dépassements de seuils qui alertent sur l'état chimique de nos eaux

La Directive Cadre sur l’Eau (DCE) constitue le principal cadre réglementaire européen pour la connaissance et la gestion des masses d’eau. Au moment de l’étude, le PFOS était la seule substance de la famille des PFAS à y figurer comme indicateur de l’état chimique des masses d’eau*.

Les résultats sont sans appels. Le PFOS a été détecté dans la grande majorité des échantillons : 62 % des sites analysés présentaient ce polluant, malgré son interdiction quasi totale. Il reste le troisième PFAS le plus fréquemment retrouvé, après le TFA et le PFOA.

Carte de l’état chimique des 107 sites de prelèvements étudiés lors de la campagne PFAS 2025 réalisée par Surfrider

Plus préoccupant encore : notre étude a révélé que la valeur maximale autorisée pour le PFOS a été dépassée sur 78 % des sites continentaux et sur 44 % des sites littoraux. Cela signifie que la majorité des eaux analysées seraient classées en « mauvais état chimique » selon les critères européens actuels en vigueur au moment où l’étude a été réalisée.

Présence de PFOS EN eaux douce : Zoom sur le seuil imposé par la DCE (0,65Ng/L)
Présence des PFOS EN eaux de mer : Zoom sur le seuil imposé par la DCE (0,13ng/L)

Les résultats nous montre donc bien qu’interdire une substance ne suffit pas à en effacer la présence. Le PFOS et le PFOA sont proscrits depuis des années, pourtant ils figurent encore parmi les PFAS les plus fréquemment détectés, à des concentrations significatives. La contamination s’installe sur le long terme et l’inaction des institutions l’aggrave un peu plus chaque année.

*Une mise à jour de la liste des substances prioritaires pour les eaux de surface et souterraines a depuis été adoptée et est entrée en vigueur le 11 mai 2026. Celle-ci étend désormais la liste des substances à suivre à une somme de 25 PFAS pour les eaux de surface.

Une diversité de PFAS inquiétante et le cas du TFA

Les PFAS ne constituent pas un groupe homogène. On en recense entre 4 000 et 14 000 selon les estimations, ce qui rend leur suivi environnemental extrêmement complexe.
La raison ? Le phénomène de « substitution regrettable« , à savoir le fait que l’industrie a régulièrement remplacé des PFAS interdits par des alternatives de la même famille, moins réglementées mais susceptibles de présenter les mêmes risques pour la santé et l’environnement.

Loin de résoudre le problème, ces substituts peuvent perpétuer le cycle d’exposition à des substances chimiques nocives.

Dans le cadre de cette étude, 58 molécules différentes ont été recherchées et quantifiées selon des méthodes d’analyse normalisées. Résultat : jusqu’à 19 PFAS distincts ont été identifiés sur un même site, et ce sont au total 23 substances qui ont pu être quantifiées sur l’ensemble des prélèvements.

Nombre de PFAS Quantifiés par site d’eaux douces
Nombre de PFAS Quantifiés par site d’eaux de mer

Un composé se démarque particulièrement : le TFA (acide trifluoroacétique), détecté dans 100 % des échantillons à des concentrations nettement supérieures à celles des autres PFAS.

Son omniprésence est d’autant plus préoccupante que l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) l’a récemment classé comme toxique pour la reproduction (catégorie 1B). Ce résultat illustre une limite fondamentale du cadre réglementaire actuel : légiférer au cas par cas ne permet pas de faire face à la réalité d’une contamination plurielle et en constante évolution.

Des PFAS dans les eaux de baignade : une présence généralisée

Aux Pays-Bas, la contamination par les PFAS a conduit les autorités à restreindre la baignade sur certains sites et à se doter d’un outil de gestion basé sur des valeurs guides indicatives, élaborées par l’Institut National de la Santé Publique et de l’Environnement (RIVM).

En l’absence de réglementation européenne sur ce sujet, notre étude s’est appuyée sur ces valeurs néerlandaises pour compléter l’analyse.

Carte de L’état des sites de baignade étudiés en fonction de leur concentration d’équivalent toxique cumulé de PFAS (calculé selon la méthode du RIVM)
Coefficient d’équivalent toxique cumulé de pfas dans les sites d’eaux douce

Conclusion : toutes les zones de baignade testées présentent des concentrations en PFAS détectables. Et sur l’ensemble des prélèvements, un site lacustre dépasse largement le seuil recommandé par les valeurs guides.

Ce constat met en lumière une réalité difficile à ignorer : il n’existe aujourd’hui aucun cadre européen harmonisé de surveillance ou de gestion des PFAS dans les eaux de baignade. Les gestionnaires de sites ne disposent ni d’outils, ni de normes pour agir.

Les demandes de Surfrider

Documenter la présence des PFAS dans les eaux de baignade et récréatives, c’est apporter un éclairage nouveau sur l’ampleur d’une pollution.
Les résultats de cette étude confirment que les eaux de baignade sont elles aussi largement contaminées, notamment en milieu marin, et qu’il est urgent d’agir.

La seule réponse durable, c’est la prévention à la source.

Surfrider Foundation Europe appelle, sans délais, les décideurs européens à :

1. Prendre en compte les conclusions de l’ECHA
d’ici la fin de l’année, pour mettre en place, au plus tôt, une interdiction générale des PFAS, applicable à tous les usages et tous les secteurs, y compris industriels.
Nous demandons également aux États membres de soutenir cet objectif, afin de mettre fin durablement à cette pollution dès sa source.

2. Améliorer les dispositifs de contrôle de la qualité de nos eaux,
en particulier en mer, en les associant à des mesures concrètes : repérer l’origine des pollutions, dépolluer les sites touchés, et faire réellement appliquer le principe pollueur-payeur.

3. Mettre en place des méthodes communes, à l’échelle européenne, pour surveiller la présence de PFAS dans les eaux de baignade et de loisirs,
complétées par des recherches supplémentaires pour combler le manque de données sur la pollution de ces zones, afin d’aboutir à des normes officielles européennes de suivi de la qualité chimique de ces eaux. En cas de pollution avérée, la Commission européenne et les États membres devront mettre en place des plans de dépollution de l’eau, en appliquant là aussi le principe pollueur-payeur.

Pour Surfrider, le message est clair : il est temps de passer des constats à l’action.

Renforcer la législation européenne, limiter l’introduction de PFAS dans l’environnement et protéger les usagers des eaux récréatives doivent devenir des priorités absolues.

Si la tâche semble colossale, il est pourtant absolument urgent d’agir pour préserver à la fois les écosystèmes aquatiques, et notre santé de la menace sans précédent que représentent la pollution aux PFAS.

En ce sens, une lueur d’espoir émerge : en 2023, une proposition visant à restreindre de manière globale les PFAS a été présentée à l’échelle européenne et devrait bientôt être examinée par la Commission européenne.

Si les États membres se montrent à la hauteur, ce texte pourrait constituer la réglementation ambitieuse dont nous avons besoin pour inverser la tendance.

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