
©Surfrider Foundation Europe
L’Agence Européenne pour l’Environnement (AEE) et la Commission européenne viennent de publier leur rapport 2026 sur la qualité des eaux de baignade en Europe. Si les chiffres présentés aujourd’hui montrent une stabilité des chiffres en Europe, l’ONG environnementale Surfrider Foundation Europe s’interroge sur la capacité de la directive 2006/7/CE sur les eaux de baignade à relever les défis environnementaux et sociétaux actuels. L’ONG souligne aussi la nécessité de préserver l’ensemble de la législation environnementale de l’UE afin de garantir la mise en œuvre réussie de cette directive.
Bilan des progrès : rien de nouveau sous le soleil ?
En 2025, 22 000 sites de baignade ont été déclarés par les États membres de l’UE, l’Albanie et la Suisse, dont 96 % répondaient aux exigences minimales de la directive sur les eaux de baignade. 85 % de ces sites ont même atteint le statut « excellent », dont 88 % des sites côtiers et 78 % des sites en eau douce.
La grande majorité des eaux de baignade européennes continue de respecter les normes de qualité bactériologique établies par la directive, démontrant ainsi les impacts positifs d’un suivi continu, d’une mise en place de mesures réglementaires et d’investissements dans les infrastructures hydriques au cours des deux dernières décennies. Surfrider Europe se félicite de ces résultats, qui démontrent qu’une action politique ciblée peut apporter des améliorations concrètes tant pour la santé publique que pour l’environnement.
Dans le même temps, les chiffres suggèrent que les progrès ont largement stagné ces dernières années. En effet, au cours des dix dernières années (2015-2025), la part des sites côtiers d’ « excellente qualité » plafonne autour de 88 %, tandis que celle des sites intérieurs diminue, passant de 82 % à 72,2 %. Sur les 332 sites classés comme « médiocres » en 2025, moins d’un tiers (88) ont vu leur qualité s’améliorer pour atteindre au moins le niveau « suffisant ».
« Les résultats de cette année nous rappellent donc de manière frappante que le travail est loin d’être terminé, affirme Lucille Labayle, responsable plaidoyer Qualité de l’eau et Santé à Surfrider Foundation Europe. Cette situation montre que, malgré des progrès significatifs réalisés depuis l’entrée en vigueur de la directive, les efforts d’assainissement ne concernent toujours pas toutes les eaux touchées. La gestion des sites de baignade ne doit pas se limiter au suivi de la qualité de l’eau, mais doit également s’accompagner de stratégies ambitieuses et de long terme visant la restauration de ces eaux. »
Une grande part des usagers récréatifs et des paramètres clés de la qualité de l’eau continuent d’être ignorés
Cette année marque le 20eme anniversaire de la directive 2006/7/CE. À ce titre, il est essentiel de prendre le temps de faire le point et de réfléchir aux progrès accomplis et aux lacunes constatées.
Si Surfrider salue les améliorations considérables réalisées grâce à la directive sur la qualité des eaux de baignade, vingt ans plus tard, l’image que nous avons des eaux de baignade reste toutefois incomplète.
Les activités de loisirs et les sports nautiques, souvent pratiqués bien au-delà de la saison estivale, sont actuellement les grands oubliés lors de la détermination des sites de baignade et de la période de surveillance. Illustrant le caractère multiface de nos espaces aquatiques et montrant que leurs bienfaits pour la santé vont bien au-delà de la simple baignade estivale, le documentaire de Miguel Blanco « Between the Tides », produit en collaboration avec Surfrider Europe et sorti en mai 2026, explore les liens entre santé et pollution susceptibles d’affecter les spots de surf, après que le réalisateur a lui-même souffert d’une otite.
Une autre lacune de la directive concerne les paramètres utilisés pour surveiller et évaluer la qualité des eaux de baignade. La présence de proliférations toxiques de cyanobactéries et d’algues peut conduire à émettre des avis déconseillant la baignade. En matière de pollution chimique, les Pays-Bas ont commencé à prendre des mesures pour surveiller et éventuellement fermer des sites de baignade en raison de concentrations excessives de PFAS. Pourtant, les résultats du suivi des eaux de baignade dans le cadre de la directive sur la qualité des eaux de baignade ne reflètent pas ces cas.
En 2025, lors de l’annonce par la Commission européenne de ne plus mettre à l’ordre du jour la révision de la directive sur les eaux de baignade, alors même que l’évaluation de cette directive mettait en évidence plusieurs lacunes majeures, Surfrider avait exprimé sa profonde préoccupation. Au 20e anniversaire de la directive de 2006, l’ONG reste convaincue que la directive doit continuer à évoluer pour rester adaptée à son objectif. Dans ce cadre, Surfrider partage sa nouvelle note d’orientation, qui actualise son Manifeste de 2021 et présente des recommandations pratiques pour renforcer la mise en œuvre de la directive et garantir qu’elle continue de protéger les personnes et les écosystèmes aquatiques dans les décennies à venir.
Pour des eaux restent saines pendant encore vingt ans, il faut une législation européenne solide
L’amélioration continue de la qualité des eaux de baignade en Europe est une preuve claire qu’une législation environnementale forte et exécutoire apporte des avantages concrets à la population et à la nature, comme le souligne le rapport de cette année. Il est pourtant profondément contradictoire de saluer le succès de la directive sur les eaux de baignade tout en constatant, d’autre part, de nombreuses tentatives d’affaiblissement des règles mêmes qui ont rendu ces progrès possibles. Deux actualités récentes illustrent clairement nos préoccupations croissantes.
Après des attaques répétées et une forte opposition de la part des industries pharmaceutiques et cosmétiques, ainsi que des appels à l’affaiblissement du système de responsabilité élargie des producteurs récemment mis en place, les débats ont désormais atteint le niveau politique : les députés européens s’apprêtent en effet à voter en séance plénière sur une résolution relative à la mise en œuvre de la directive sur le traitement des eaux usées urbaines (UWWTD), mettant ainsi en péril l’avenir même de la refonte de cette directive.
En décembre dernier, la Commission européenne a fait part de son intention de réexaminer et de réviser la directive-cadre sur l’eau (DCE), dans le cadre de son plan d’action RESourceEU, invoquant la nécessité de simplifier la réglementation et de garantir l’accès aux matières premières critiques. Affaiblir les protections inscrites dans la DCE afin d’accélérer les projets d’extraction compromettrait des garanties essentielles contre la pollution de l’eau, exposant ainsi les écosystèmes et les communautés vivant à proximité des sites miniers à des risques accrus.
« Les résultats de ce rapport montrent que l’amélioration de la qualité des eaux de baignade n’est pas le fruit du hasard : il est le résultat de plusieurs décennies de législation environnementale, de surveillance et d’investissements publics. À l’heure où les principales lois sur l’eau subissent une pression croissante au nom de la simplification et de la compétitivité, si l’Europe souhaite disposer de systèmes hydriques résilients et d’espaces aquatiques sains pour tous, elle doit protéger et renforcer sa législation environnementale plutôt que de la démanteler », conclut Lucille Labayle.
Nous restons à la disposition des journalistes pour toute demande d’information ou d’interview.
Contexte et ressources :
Notre réaction à la sortie du rapport d’évaluation de la Directive Eaux de Baignade
Notre réaction à la non-révision de la directive relative à la qualité des eaux de baignade
Point presse sur les catastrophes minières en Europe et l’importance de la directive-cadre sur l’eau
Communiqué conjoint Miguel-blanco & Surfrider « Between the tides »
À propos de Surfrider Foundation Europe
L’ONG Surfrider Foundation est un collectif d’activistes positifs qui agit concrètement sur le terrain au quotidien pour transmettre aux générations futures un Océan préservé. Notre mission : Porter haut et fort la voix de l’Océan ! Nos armes ? Sensibiliser et mobiliser les citoyens, enfants comme adultes (notamment grâce à 48 antennes bénévoles dans toute l’Europe), utiliser notre expertise scientifique pour porter des actions de lobbying et transformer les entreprises. Découvrez l’association sur https://surfrider.eu/ ou via cette vidéo.
CONTACTS :
Lionel Cheylus | Responsable relations médias | 06 08 10 58 02 | lcheylus@surfrider.eu
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La campagne « Healthy Water » de Surfrider Foundation Europe est soutenue par le programme LIFE créé par la Commission européenne. Le soutien de la Commission européenne à la production de cette publication ne constitue pas une approbation de son contenu, lequel reflète uniquement les opinions de ses auteurs. La Commission ne peut être tenue responsable de l’usage qui pourrait être fait des informations qui y sont contenues.