Déchets aquatiques

En 2025, Surfrider Foundation Europe a franchi de nouvelles étapes dans son combat contre les déchets aquatiques et la pollution plastique, engrangeant des victoires concrètes sur le terrain comme dans les arènes législatives européennes. Des décharges littorales normandes aux cours d’eau béarnais, des filtres de cigarettes aux granulés plastiques industriels, l’association a démontré que la mobilisation citoyenne et le plaidoyer structuré peuvent faire plier les décideurs — et changer durablement les règles du jeu.

Plastic Origins : bilan d'un projet pionnier

Lancé il y a six ans par Surfrider Foundation Europe et basé sur le constat que 80% des déchets aquatiques sont d’origine terrestre, le projet Plastic Origins visait à mieux comprendre et caractériser la pollution plastique dans les cours d’eau, principale voie d’acheminement des déchets vers l’océan. L’ambition de Surfrider était d’identifier les cours d’eau les plus pollués afin de proposer aux acteurs locaux des solutions concrètes de lutte contre ce phénomène, en s’appuyant sur une application mobile de science participative intégrant l’intelligence artificielle.

Au terme de cette sixième et dernière année, le bilan témoigne de l’ampleur de la mobilisation citoyenne suscitée par le projet : 3 200 comptes créés, 111 cours d’eau suivis dans 8 pays, et près de 38 500 déchets signalés. L’ensemble des données collectées a été rendu public en open data, afin d’orienter l’action locale et d’alimenter le plaidoyer auprès des décideurs.

Le bilan met également en lumière les limites rencontrées : complexité des protocoles de collecte, difficulté à maintenir l’engagement citoyen dans la durée, et lenteur du dialogue avec les sphères décisionnelles. 

Ces enseignements constituent autant de leviers d’amélioration pour les programmes qui prennent le relais, tels que Retrace! ou le protocole OSPAR en rivière, qui bénéficient désormais des outils et des apprentissages issus de Plastic Origins.

La valorisation scientifique du projet s’est par ailleurs poursuivie en 2025, avec la présentation d’un poster scientifique sur l’apport de l’intelligence artificielle dans la compréhension de la pollution plastique en rivière lors de deux colloques internationaux — le IS River de Lyon en juillet 2025 et le One Ocean Science Congress de Nice en juin 2026.
Une vidéo teaser a également été réalisée pour annoncer la publication du Livre Blanc dédié à l’usage de l’IA dans le cadre du projet.
Enfin, les enseignements du programme ont été présentés lors de quatre journées techniques sur les déchets en rivière, accompagnés d’un guide Solutions à destination des collectivités, désormais disponible en accès libre sur le site de Surfrider Foundation Europe.

Sans filtre :
Surfrider prend position
pour l'interdiction des filtres
de cigarettes

Les mégots de cigarettes constituent l’un des déchets les plus collectés sur les plages et dans les cours d’eau à travers le monde. Chaque année, environ 4 500 milliards de mégots sont jetés dans la nature à l’échelle mondiale.
Composés de plastique – l’acétate de cellulose — ils se fragmentent progressivement sous l’effet des UV, de l’humidité et de l’action mécanique, pour finir par se désintégrer en microplastiques, dont une grande part rejoint inévitablement l’Océan.

Ce constat est d’autant plus interpellant que l’OMS a confirmé qu’aucun bénéfice sanitaire n’a jamais été démontré pour les filtres de cigarettes; des études récentes suggèrent même qu’ils pourraient aggraver les risques liés à la consommation de tabac.
En l’absence de toute utilité prouvée pour la santé, et face à l’ampleur de leur impact environnemental, les filtres de cigarette apparaissent comme une source de pollution parfaitement évitable.

C’est sur la base de ce double constat — sanitaire et environnemental — que Surfrider Foundation Europe a formalisé et rendu public en 2025 son positionnement en faveur de l’interdiction des filtres de cigarettes, aux côtés de nombreuses autres organisations engagées sur ce sujet.
Ce positionnement, élaboré de longue date, a été révélé le 21 mai dans le journal de 8h de France Inter, marquant le lancement de la campagne Ban Filters Now, destinée à porter cette exigence auprès des décideurs publics et à sensibiliser le grand public à une mesure forte, nécessaire et atteignable.

Granulés plastiques industriels : l'adoption d'un règlement européen historique

granulés-plastiques

Depuis plusieurs années, Surfrider Foundation Europe mène un travail de terrain et d’alerte approfondi sur la problématique des granulés plastiques industriels — ces petites billes de plastique qui, perdues tout au long de la chaîne d’approvisionnement, constituent l’une des sources majeures de pollution aux microplastiques.
Ce travail, conduit notamment en France, en Belgique et en Espagne, a été renforcé en 2024 par la publication d’un rapport stratégique visant à influencer le processus législatif européen et à appeler les institutions à se saisir de cette problématique.

Les efforts de Surfrider et des associations également engagées sur le sujet ont porté leurs fruits : au terme de deux années de négociations, le Parlement européen a formellement adopté le Règlement sur la prévention des pertes de granulés plastiques industriels.

Ce texte constitue une étape majeure vers l’objectif de zéro perte de granulés : il adopte une approche intégrale de la chaîne d’approvisionnement et introduit des mesures de prévention, des exigences en matière de conditionnement et de formation du personnel, ainsi qu’une certification de conformité obligatoire délivrée par un organisme indépendant accrédité.
Une victoire saluée par l’ensemble de l’alliance Rethink Plastic, dont Surfrider est membre, qui milite pour l’adoption d’un tel texte depuis de nombreuses années.
Ce règlement appelle néanmoins une réserve importante. Les petites et moyennes entreprises gérant moins de 1 500 tonnes de granulés par an et par installation ne sont soumises qu’à des obligations allégées, échappant ainsi à l’ambition générale du texte.

Combats et actions sur les décharges -
3 victoires pour Surfrider

Décharge de Dollemard
(Seine-Maritime)

Depuis près de cinquante ans, des déchets de toute nature — plastiques, polystyrènes, ferrailles, matériaux de construction — ont été déversés du haut des falaises du plateau de Dollemard, au nord du Havre.
Depuis l’effondrement partiel du site en 1998, l’érosion marine emporte à chaque marée de nouvelles quantités de déchets vers les plages et l’Océan, dans une zone pourtant classée Natura 2000 et reconnue comme site naturel remarquable dans le PLU du Havre.
Au terme de dix ans de mobilisation du groupe local Seine-Maritime, et après la présentation en février 2025 du plan d’action réclamé de longue date par Surfrider et ses partenaires associatifs, les travaux d’excavation de la décharge ont enfin pu débuter.

Une victoire majeure pour l’Océan et ses usagers.

Décharge de Fécamp
(Seine-Maritime)

À Fécamp, une décharge littorale concentrant plus de 700 000 m³ de déchets enfouis entre 1975 et le début des années 2000 fait peser un risque environnemental considérable : en cas d’éboulement de la falaise, des milliers de tonnes de déchets pourraient être rejetées directement dans l’Océan, à l’image de ce qui s’est produit à Dollemard.
Alerté par cette situation, le groupe local Surfrider Seine-Maritime a décidé en 2025 de se mobiliser et d’interpeller la municipalité. À l’issue de plusieurs échanges et d’une rencontre directe avec la mairie de Fécamp, celle-ci a accepté le lancement des premières études de diagnostic du site, conduites en lien avec le CEREMA, acteur public en charge du plan national de résorption des décharges littorales présentant un risque de relargage en mer.

Une première étape décisive pour prévenir une catastrophe environnementale annoncée.

Décharge d'Uzos
(Pyrénées-Atlantiques)

Mise à nu par la crue du Gave de Pau en 2021, la décharge d’Uzos a depuis lors continûment relargué des déchets dans la rivière, sans que des mesures correctives ne soient engagées.
Depuis sa création en 2022, le groupe local Béarn n’a cessé de porter ce sujet sur le devant de la scène locale : actions de sensibilisation, prises de parole dans la presse, rencontres avec les élus locaux — autant de démarches menées avec constance pour obtenir la prise en charge du site (parmi les 12 sites identifiés comme problématiques).
Ces efforts ont fini par porter leurs fruits : en 2025, les études nécessaires à la dépollution ont été réalisées et la décision d’engager des travaux a été actée et programmés pour 2026. Après plusieurs années de combat, le groupe local Béarn peut saluer une victoire concrète et encourageante, qu’il continuera de suivre avec la plus grande attention jusqu’à l’achèvement des travaux.

Projet OSPAR en rivière

Fort de quinze années d’expérience dans la mise en œuvre du protocole OSPAR sur le littoral, Surfrider Foundation Europe a franchi une nouvelle étape en 2025 en conduisant la première année complète de son programme de monitoring « OSPAR en rivière », intégré au programme BeMed+.
Ce projet vise à mieux caractériser la pollution fluviale, identifiée comme l’une des sources majeures de déchets retrouvés en mer.

Dans ce cadre, un guide opérationnel River OSPAR a été élaboré à destination des bénévoles souhaitant s’engager dans un suivi de terrain. Conçu pour fournir l’ensemble des éléments méthodologiques nécessaires à la mise en place d’un monitoring, ce guide est disponible en quatre langues — français, anglais, espagnol et albanais —, témoignant de la vocation européenne et internationale du programme.

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